Morning Glories vol. 2

Le pitch : Les portraits des six protagonistes principaux, au passé et au présent.

L’avis : Après avoir relu le premier tome de la série, je me suis dis que j’avais peut-être été un peu optimiste et que la suite pouvait être une belle déception. Ce second tome a vite dissipé mes doutes. Déjà, je ne m’attendais pas à la rupture opérée dans la structure de la narration, puisqu’après avoir introduit l’ensemble des personnages d’un coup et les avoir mis en situation, Nick Spencer propose une série de six portraits individuels. Là où le scénario est bien foutu, c’est que chaque personnage révèle son lot de surprises, qui sont autant de mystères alimentant l’intrigue principale. Les rebondissements s’enchainent plutôt bien. C’est de la mécanique à la Lost. On ne comprend rien au tableau global, mais chaque pièce du puzzle est intéressante en soi et on sent le potentiel pour un final étonnant. Le problème avec ce genre de pari, c’est qu’on peut être sacrément déçu. La fragilité du scénario de Spencer, c’est aussi qu’il accumule beaucoup de questions sans ne fournir aucune réponse. Il faudrait que ça change rapidement, car le lecteur risque de se perdre au milieu de la nébuleuse. Côté dessin, sans être déplaisant, le style de Joe Eisma n’a rien de remarquable, ce qui est peut-être la véritable faiblesse de cette série. Personnellement, je pense signer pour la suite, mais avec un doute tout de même.

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Delta Green (vf seconde édition)

En tant que joueur, je garde un souvenir mémorable de parties de Delta Green. La parution de cette seconde édition en français était l’occasion d’aller voir les tripes de cette machine bien rodée et ce que les édition Sans Détour en avait fait. Petit rappel avant d’autopsier la bête : Delta Green propose un contexte conspirationniste contemporain dans l’univers de l’Appel de Cthulhu. Les joueurs sont des agents d’une organisation américaine ultra secrète, Delta Green, qui lutte contre des choses innommables tentant de réduire l’humanité à un vieux souvenir.

Une belle gueule
L’ouvrage avec sa couverture rigide redonne un coup de jeune à l’édition de 1999. Les illustrations et la mise en page ont été revues et sont de bonne facture. C’est globalement bien écrit et agréable à lire. Par contre, je suis plus que mitigé sur le contenu.

Tout pouvoir est une conspiration permanente
En lisant Delta Green, je me rends compte que ce n’était pas du tout l’aspect background que j’avais apprécié dans les parties jouées, mais l’ambiance enquête occulte dans un univers contemporain. Du coup, les conspirations proposées dans le livre de base me laissent complètement froid et ne me semblent pas particulièrement intéressantes, voire certaines ridicules. A cela s’ajoute un placage du Mythe artificiel et souvent inutile.

C’est dans les vieux pots que l’on fait… des vieilles soupes
Cette impression est d’autant renforcée que, contrairement à ce qu’y est annoncé, le jeu n’a subi qu’une mise à jour très légère. Certes l’histoire officielle court jusqu’en 2010, mais tout s’est arrêté au milieu des années 90. Les principales modifications dans le contexte occulte sont les années ajoutées aux personnages… De plus, j’ai l’impression que les thèmes qui marchaient il y a quinze ans sont dépassés. Il y a pourtant de la matière en cette deuxième décennie des années 2000 pour se renouveler. Où sont les terroristes ? les services secrets chinois ? les agences privées de sécurité ?

Si je ne devais garder qu’une chose de Delta Green seconde édition ce serait les scénarios. Plutôt sympa, ils proposent des ambiances variées qui feront la joie de toute table. Du classique bien solide.

Rien que pour vos yeux
Dans la même catégorie de jeu, j’opte sans hésitation pour Esoterroriste qui balaie le contexte en huit pages et offre des scénarios tout aussi palpitants. A chacun ses goûts…

Le site de l’éditeur
La fiche du grog

Hellboy vol. 11: The Bride of Hell and Others

Le pitch : Quelques courtes aventures d’Hellboy à différentes époques de sa vie d’agent du B.P.R.D.

L’avis : La suite du destin d’Hellboy mettant bien du temps à venir, Mignola nous propose après The Crooked Man and Others une deuxième compilation d’histoires courtes. Les fans de la série s’impatienteront peut-être, mais, personnellement, je ne me plaindrai pas, car c’est du matériel de bonne qualité.

L’ouvrage démarre avec l’histoire de la rencontre entre Hellboy et des catcheurs mexicains tueurs de monstres. Ça a l’air loufoque dit comme ça, mais l’épisode se révèle tragique et finalement assez touchant. Au dessin, on retrouve Richard Corben, toujours aussi à l’aide dans sa collaboration avec Mignola. C’est d’ailleurs l’illustrateur principal de ce tome, puisqu’il officie aussi sur trois autres histoires, moins réussies, mais somme toute tout à fait distrayantes.

L’histoire la plus longue, initialement une mini-série en deux épisodes, met en scène Hellboy face à des vampires, monstres qu’on a finalement pas trop l’habitude de rencontrer chez Mignola. Là encore, très belle collaboration avec Scott Hampton dont le style colle parfaitement à l’intrigue.

Reste deux morceaux pour conclure. Tout d’abord, Mignola reprend les crayons pour une histoire de 8 pages publiée sur le site web de USA Today, donc à destination de lecteurs totalement étrangers à l’univers d’Hellboy. Autant dire qu’il n’y a rien de substantiel et d’original à attendre de cet exercice promotionnel, mais ça se lit bien tout de même. En guise de conclusion, Mignola nous offre au contraire un scénario atypique dans lequel Hellboy se retrouve à castagner des extra-terrestres fans d’expérimentations sur l’homme (sonde rectale y compris). On est très clairement dans le domaine de la parodie et c’est surtout l’occasion de revoir le trop rare Kevin Nowlan au dessin.

Au final, les scénarios sont de qualités inégales, mais jamais médiocres, et, côté dessin, c’est un pur plaisir de lecture. Dans ces conditions, je peux bien patienter encore pour le retour de la série régulière.

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Green Wake vol. 1

Le pitch : Enquête autour d’une série de meurtres dans une étrange ville où personne ne sait comment et pourquoi il est arrivé là. Tout ce que les habitants savent, c’est qu’ils ne peuvent la quitter et qu’elle les transformera progressivement en créature mi-homme, mi-batracien.

L’avis : Prenez un duo d’enquêteurs qui ont toujours un coup de retard sur le meurtrier qu’ils poursuive, une grosse pincée de Lost, une petite touche de Hellboy et badigeonnez de gros gore qui tâche, ça vous donne Green Wake. On a donc tout un ensemble d’ingrédients bien reconnaissables qui, une fois mélangés, donne un concept somme toute plutôt original. L’histoire se lit fort bien, malgré un script parfois maladroit, mais c’est surtout l’ambiance générale qui est très réussie. Elle doit beaucoup à Riley Rossmo qui offre une prestation différente de celle vue dans Proof et Cowboy Ninja Viking, tout en gardant un style qui lui est propre. Cette fois, il illustre de pures scène d’épouvante dans un environnement de nuit et de pluie perpétuelles, avec toujours autant de punch. Ca m’a clairement donné envie de lire la suite, en espérant que le soufflé du mystère qui entoure le lieu ne retombe pas.

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The Unwritten vol. 4: Leviathan

Le pitch : Tom cherche à comprendre quel est la source de ses pouvoirs. Cela passe par la visite de Moby Dick, le roman d’Herman Melville.

L’avis : Après un excellent troisième tome qui a vraiment lancé la série, The Unwritten ne déçoit pas. Le début de l’histoire s’inscrit dans la ligne droite du tome précédent : Tom, Liz et Savoy prennent la route pour chercher à comprendre qui est réellement Tom. L’accent est porté sur chacun des personnages et sur leurs relations. Une nouvelle ennemie assez terrifiante est également introduite. Puis, Tom quitte le monde réel pour aller explorer Moby Dick et au-delà. Le scénario est nettement plus barré à partir de ce point. Les références à la littérature classique sont nombreuses, tout en restant très accessibles. Côté dessin, le monde réel est entièrement pris en charge par Peter Gross dans le style qu’on lui connait. Pour les flashbacks et les séquences littéraires, Gross ne fournit que les esquisses et c’est Vince Locke qui termine les crayonnés et fait l’encrage. Le contraste est très net et sert parfaitement bien l’histoire. Le dernier épisode est à part. On retrouve Pauly Bruckner, le lapin enfermé dans un monde de fables par le père de Tom, qu’on avait déjà vu à la fin du tome 2. Faute de savoir pour l’instant quel est la place du personnage dans l’histoire, l’épisode paraît complètement déconnecté du reste de l’ouvrage et pourrait être comparé à une espèce d’épisode trash de Fables. Il n’en est pas moins passionnant, d’autant que Gross collabore cette fois avec Al Davison et que le résultat est splendide. Bref, The Unwritten est sans conteste une des meilleures séries du moment, à ne rater sous aucun prétexte.

Pour voir : Aucune preview dispo pour ce tome, mais quelques sympathiques planches de travail de la collaboration Gross-Davison
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Blue Estate vol. 1

Le pitch : Un détective privé à deux balles, un acteur de film d’action produits par la pègre, sa femme alcoolique qui lui piquerait bien son fric, une strip-teaseuse tatouée, des truands, du genre qui ne font pas dans la dentelle, tout ça pour un cocktail qu’on devine explosif.

L’avis : Sur la quatrième de couverture, la comparaison entre Blue Estate et les films de Tarantino est faite. Il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour ne pas être d’accord, tellement les deux approches sont similaires. Blue Estate est un polar noir à la sauce moderne. Le scénario met en place individuellement une large galerie de personnages haut en couleur, à la limite de la caricature parfois, avant de les faire converger vers un dénouement commun. Le rythme est soutenu, les dialogues percutants et le niveau de violence très élevé. Ajouter à ça une pointe de sexualité et vous avez peu ou prou la recette de Pulp Fiction. Les scénaristes sont peut-être un peu moins virtuoses, mais ils s’en sortent très bien tout de même. Cela dit, ce tome 1 n’est qu’une introduction. Il est encore difficile de deviner comment tout cela va converger et avec quelle satisfaction pour le lecteur.

Côté dessin, l’expérience n’est pas inintéressante non plus puisqu’il s’agit d’un travail à plusieurs mains, où chacun des dessinateurs passe le relai à chaque changement de scène. Viktor Kalvachev, que je ne connaissais pas et qui semble particulièrement à l’aise pour dessiner de jolies jeunes femmes tout en sex-appeal, s’est entouré de deux collaborateurs principaux, le très bon et trop rare Toby Cypress, ainsi que Nathan Fox, qui comme sur DMZ me laisse une impression mitigé (un peu trop brouillon pour moi, dans le trait comme dans la narration). Robert Valley et Paul Maybury complètent la palette d’artistes, même si on les voit moins à l’œuvre. Les cinq dessinateurs ont des styles assez différents, mais pas antagonistes et Viktor Kalvachev uniformise le tout par sa mise en couleur. Au final, l’exercice est là aussi plutôt réussi.

Blue Estate est donc un polar prometteur que je recommande. Personnellement, je ne suis pas sûr de lire la suite, étant dans une période de restriction d’achat, le temps de rattraper mon retard de lecture, mais c’est avec regret. Peut-être lorsque la parution sera achevée, si j’entends dire que la conclusion vaut le détour…

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Malinky Robot: Collected Stories & Other Bits

Le pitch : Quelques scènes de la vie d’Atari et Oliver, deux gamins vivant dans les quartiers pauvres d’une cité futuriste.

L’avis : Il y a quelques années, le 5ème volume de l’anthologie Flight nous avait offert quelques pépites, dont une petite histoire de robot que j’avais trouvée charmante. Cette pépite est rééditée dans ce recueil de Malinky Robot, tout comme l’histoire originale qui a valu à Sonny Liew un Xeric Award et toutes celles qui ont suivi depuis, et il faut bien dire que tout ça forme un joli sac de chercheur d’or en veine.

Sonny Liew nous propose plusieurs scènes de vie douce-amères, à la fois pleines de légèreté et de mélancolie. La légèreté vient des protagonistes, les deux gamins bien-sûr, mais aussi un petit robot qui n’est apparemment qu’un ustensile ménager sophistiqué mais qui s’avère très attachant. La touche d’amertume vient de l’environnement peu reluisant dans lequel évolue ce petit monde. A noter également l’histoire tragique d’un des personnages, Mr Bon-Bon, racontée sous la forme d’un enchainement de comic strips (dont des hommages à Peanuts et Calvin & Hobbes, notamment), très réussie et qui montre la polyvalence de Sonny Liew au dessin. De fait, les illustrations sont superbes tout du long, non seulement sur la plan technique, mais surtout car elles ont une véritable qualité émotionnelle. J’espère que Sonny Liew a encore pas mal de ces petites histoires sous le coude à nous faire partager, car c’est un vrai bonheur.

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