Rasl vol. 4: The Lost Journals of Nikola Tesla

Avis express : Une petite chronique rapide pour bien finir l’année 2012. Elle porte sur le dernier tome de Rasl qui, sans franchement décevoir, n’est pas  enthousiasmant qu’espéré. Du côté du positif, une narration toujours aussi solide, la qualité du coup de crayon de Jeff Smith et le concept des mondes parallèles comme une extension des théories de Nikola Tesla qui est bien mené à son terme. Ce que j’ai trouvé moins réussi, c’est un coup de théâtre final très prévisible et l’absence d’explication sur les origines et les motivations de Sal. Petite frustration finale donc, mais, dans l’ensemble, Rasl vaut largement de le détour.

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The Lovely Horrible Stuff

Le pitch : Eddie Campbell et l’argent, dans sa vie ou sur l’ile de Yap.

L’avis : The Lovely Horrible Stuff est constitué de deux parties parfaitement distinctes, si ce n’est qu’elle ont rapport toutes les deux avec l’argent. La première est entièrement autobiographique. Eddie Campbell y expose ses histoires de fric, avec une certaine ambivalence, celle de l’artiste dont les rêveries diurnes l’emmènent à milles lieux des problématiques financières, mais qui en même temps semble y accorder beaucoup d’importance. Il faut dire que l’essentiel de ses problèmes avec l’argent sont aussi des problèmes de famille. Ça donne lieu à quelques scènes cocasses, intéressantes et intelligemment écrites. En revanche, l’épisode le plus long, qui tourne autour d’un prêt accordé à son beau-père, traine un peu en longueur. Au final, j’ai trouvé cette partie du bouquin distrayante, malgré une forme de nombrilisme qui fait que l’auteur s’appesantit sur des détails qui risquent de n’intéresser que lui.

Le seconde partie est une sorte de documentaire sur le système monétaire le plus surprenant de l’histoire humaine, celui de l’île de Yap basé sur des énormes disque de pierre. Eddie Campbell nous fait découvrir l’histoire de cette bizarrerie anthropologique, tout en faisant le parallèle avec la place de l’argent dans nos sociétés actuelles. L’exercice n’est pas inintéressant sur le plan intellectuel, mais, à vrai dire, je n’ai pas bien vu l’intérêt de traiter de cette question sous forme de bande-dessinée, tout du moins pas de cette façon. J’aurais vu un docu télé me racontant la même chose, j’aurais probablement autant apprécié, si ce n’est plus.

Côté graphique, Eddie Campbell fait un grand usage de la photographie, parfois comme référence, parfois en usage mixte, certains éléments de la photos étant retravaillé à l’encre. Dans la seconde partie, on trouve même souvent des photos de vacances insérées telles quelles, dont toutes n’était pas forcément indispensables. Dans l’ensemble, j’ai trouvé l’exercice suffisamment atypique et, comme j’aime bien la patte de Campbell, satisfaisant. Cela dit, je préfère largement quand Campbell dessine vraiment, que ce soit dans le style de From Hell ou, plus récemment, dans celui de The Playwright.

Au final, vous l’aurez compris, The Lovely Horrible Stuff est une lecture que j’ai trouvé plutôt agréable, mais qui reste une relative déception par rapport à ce qu’on peut attendre d’un auteur comme Eddie Campbell.

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Casanova vol. 3: Avaritia

Le pitch : Sous l’égide de son père, Casanova navigue dans le continuum spatiotemporel pour détruire dimension après dimension. A l’occasion d’une de ses missions, il découvre la véritable identité de Xéno et change alors de stratégie pour sauver le monde.

L’avis : Le pitch, je vous l’ai fait simple et bien plus rationnel (si on veut) que le bouquin lui-même. Les deux premiers tomes de Casanova sont deux petits bijoux délirants qui vous entrainent dans une sorte de montagne russe cérébrale, parfois déroutante mais toujours jubilatoire. Avec ce troisième épisode, Fraction et Bá passent la vitesse supérieure au risque de faire dérailler le manège. Au début, ça va encore. Le rythme est frénétique au fil des changements de dimensions et on ne sait pas bien où l’histoire nous mène, mais soit, on se laisse entrainer. Le script est quelque part assez répétitif, mais il donne l’occasion à Gabriel Bá de livrer quelques pages énergiques et somptueuses. Dans le dernier tiers, j’avoue ne plus avoir compris grand chose. Au final, l’impression est donc contrastée entre un what-the-fuck dubitatif et le sentiment d’avoir faire l’expérience d’un épisode psychédélique à bouffées jubilatoires. On sent que les deux auteurs ont été jusqu’au bout de leur liberté artistique et, en tant que lecteur, j’ai envie de leur dire merci de m’avoir offert ce moment de lecture hors du commun. Cela dit, au final, j’ai pris beaucoup moins de plaisir qu’avec les deux premiers tomes, la faute à de trop nombreux moments de déconnexion, faute de comprendre ce qui se passait.

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Richard Stark’s Parker: The Score

Le pitch : Parker est embarqué dans ce qui pourrait être le casse du siècle : dévaliser une ville minière entière.

L’avis : A chaque année son Parker. Après deux premiers tomes très réussis mais aussi très semblables (Parker contre la pègre), Darwyn Cooke propose un polar un peu différent. Il adapte cette fois un roman de Richard Stark qui met en scène la préparation et la réalisation d’un casse de grande envergure. Le scénario est très linéaire et, malheureusement, sans véritable surprise. Il y a bien un coup de théâtre, mais il est tellement attendu que ça vient à peine bousculer le déroulement des évènements. C’est finalement ce qu’on peut reprocher le plus à cet opus de Parker, un certain manque de piquant et d’intensité là où on pouvait attendre une fin sur les chapeaux de roue. Pour le reste, c’est de l’excellente came. Les personnages sont soignés. La narration et les dessins de Cooke sont toujours aussi efficaces et maîtrisés. Tout cela fait de The Score une lecture très agréable, mais probablement moins mémorable que les deux épisodes précédents, ce qui justifie une note un petit cran en dessous. Cela dit, je signerai pour la suite sans hésitation.

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Nexus: Space Opera

Le pitch : Alors que Nexus est occupé à la naissance de son fils, l’intolérance de la religion elvonique provoque le chaos à Ylum.

L’avis : Nexus fut pour moi une énorme découverte au début des années 90, au même titre que Grendel par exemple, lorsque j’ai poussé la porte d’un comics shop pour la première fois. Ce que j’adorais, c’était le mélange de SF débridé et de super-héros cosmique, sur fond d’ambiguïté morale et politique. Malheureusement, les ventes ont déclinèrent au point où la série n’était pu viable. Après un long hiatus, Steve Rude a décidé d’auto-publier quatre nouveaux épisodes, collectés ici. Bien entendu, pas moyen de le commander sur le net. Il aura fallu attendre trois ans et un passage à San Francisco (à l’excellent comic shop Isotope tenu par le non moins excellent James Simes) pour que je mette la main dessus cet été (ben oui, il y a 6 mois, voilà où j’en suis rendu de mon retard de lecture).

La première impression a été que je retrouvais de vieux amis qui n’avait pas vieilli. Baron et Rude ne cherchent d’ailleurs pas à mettre les nouveaux lecteurs à l’aise. Tous les personnages principaux et secondaires sont là avec leur histoire et j’ai même eu un peu de mal à me rappeler qui était qui. On retrouve également tout ce qui fait Nexus, l’équivoque morale du dictateur bienveillant, son monde éclectique et baroque, ses personnages hauts en couleur et l’élégance du trait de Steve Rude. Tout ça donnent de bonnes raisons de ce réjouir. Cela dit, j’ai trouvé que le scénario péchait parfois, avec des moments mal rythmés et un peu brouillons. Il faudrait que je relise mes vieux Nexus (ce qui ne va pas tarder, car Dark Horse republient toute l’œuvre sous forme d’Omnibus) pour comparer, mais j’avais un meilleur souvenir du travail de Mike Baron. Bref, j’ai pris plaisir à retrouver Nexus et sa bande, mais peut-être pas autant que je pouvais l’espérer.

Pour voir : pas de preview de Space Opera, mais une interview de Baron & Rude avec deux planches récentes publiées dans DHP
Pour acheter : indisponible sur le net français, mais vous pouvez toujours le commander directement à Steve Rude

Fables vol. 17: Inherit the Wind

Le pitch : Les Fables retournent à la ferme, sauf Bigby et Snow White qui doivent résoudre le problème de savoir qui parmi leurs enfants sera le nouveau vent du nord.

L’avis : Voilà très clairement ce qu’on peut appeler un tome de transition. Bill Willingham explore sur un rythme tranquille les conséquences de la mise en coffre de Mister Dark et, surtout, il prépare le terrain pour la suite. L’intrigue principale concerne les enfants de Bigby et Snow White avec un petit suspense qui ne m’a pas violemment tenu en haleine, mais qui a le mérite de trouver une conclusion qui rend curieux de la suite. Parallèlement, on suit Bufkin au pays d’Oz et l’ex-infirmière devenu compagne de Mister Dark. J’ai trouvé le zapping entre les différents lieux parfois un peu rapide, mais, dans l’ensemble, ça se lit bien.

Finalement, le plus enthousiasmant dans ce tome sans grand relief reste le dessin de Mark Buckingham. Je l’ai trouvé toujours aussi élégant, avec la rondeur et la douceur des débuts de Fables. Depuis maintenant pas mal de temps, il avait adopté un trait moins souple, plus sous influence Kirbyesque, ce qui n’est pas un mal en soit, mais je préfère définitivement quand il adopte un style plus rond. Quant au dernier épisode, il compile les pages d’une poignées de dessinateurs dont, entre autres, le toujours fiable P. Craig Russell, les revenants Adam Hughes et Rick Leonardi et le très bon Ramón Bachs que je ne connaissais pas.

Donc, très clairement, il ne s’agit pas du meilleur tome de la série, mais, rien que pour le dessin, il vaut largement le détour, en attendant la suite qu’on espère un peu plus relevée.

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