The Manhattan Projects vol. 1: Science. Bad.

Le pitch : Dans un univers alternatif, le projet Manhattan qui a mis au point l’arme atomique n’était qu’une façade pour des recherches encore plus secrètes mettant à contribution les plus grands noms de la science, des hommes qui ont aussi leurs secrets.

L’avis : Tout comme dans S.H.I.E.L.D, Jonathan Hickman réinvente l’histoire de quelques grands intellectuels. Cette fois, le cadre n’est pas le petit monde des superhéros Marvel, mais un univers de SF gentiment loufoque. On y croise un Einstein maléfique, un Oppenheimer cannibale, un Von Braun à moitié robotisé, un Roosevelt transformé en intelligence artificielle, et j’en passe. Face à eux, des extra-terrestres hauts en couleur et des robots japonais kamikazes. Tout cela prête à sourire, mais pas seulement, car certains personnages sont vraiment inquiétants. Le scénario n’est pas linéaire et jongle allègrement entre les personnages et les situations avec une grande habileté. Nick Pitarra propose des illustrations qui ne sont pas sans rappeler le trait de Frank Quitely. Les mises en pages sont efficaces, les personnages expressifs et, globalement, c’est très plaisant à lire. On peut cependant lui reprocher une certaine raideur dans les postures et les scènes en mouvement en pâtissent clairement. Au final, pas mal de choses sont mises en place et c’est un peu tôt pour dire si ça va tenir ses promesses, mais, en tout cas, le scénario est suffisamment intriguant et original pour que j’ai très envie de lire la suite.

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B.P.R.D.: Hell on Earth vol. 4: The Devil’s Engine & The Long Death

Le pitch : Pendant que Devon essaie de chaperonner Fenix jusqu’au Colorado, Johann traque Daimio pour assouvir sa soif de vengeance.

L’avis : Mignola et Arcudi semblent avoir pris le partie de faire de B.P.R.D. une série d’histoires mettant en scène deux des personnages principaux seulement, quitte à laisser en suspend les autres éléments de l’intrigue. Cette fois, nous avons le droit à deux histoires de longueurs identiques et tout à fait distinctes.

La première, The Devil’s Engine, sert essentiellement à mettre en place la relation entre Devon et Fenix. Certes, il y a pas mal d’action, puisque le tandem passe son temps à essayer d’échapper aux griffes de monstres résolument carnivores, mais l’essentiel n’est pas là. Devon et Fenix apprennent à se connaître, et même à s’apprécier. Mon petit doigt me dit que tout ça pourrait évoluer sur la romance, mais je peux me tromper. En tout cas, ça se lit bien, les dialogues sonnent justes et Tyler Crook assure. Mon seul bémol, mineur, réside dans la façon dont Devon se transforme subitement en bête d’action et de bravoure, lui qui était plutôt pitoyable dans ce registre jusqu’ici. J’ai trouvé ça assez peu crédible.

Avec The Long Death, changement de ton. Johann organise une expédition pour retrouver Daimio et ça vire très vite au carnage. L’histoire est résolument plus gore et la psychologie des personnages cède le pas face aux scènes de combats sanglants. Sur ce terrain, James Harren, un dessinateur que je ne connaissais pas, se révèle diablement efficace et percutant. Le scénario offre une conclusion dramatique qui m’a plutôt surprise. Je suis vraiment très curieux de savoir les conséquences que ça va avoir, en particulier comment Abe et Kate vont réagir aux actions de Johann.

Mon sentiment général est donc toujours aussi positif. Même si la narration est plus linéaire qu’elle ne l’a été et que ce tome n’est pas le plus riche en interactions, Mignola et Arcudi continuent à nous servir des scénarios intéressants en plantant habilement les germes des évènements à venir. Quant au dessin, si Tyler Crook se maintient à ce niveau et continue de laisser la main à des remplaçant de la trempe de James Harren, la série n’a pas de soucis à se faire.

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B.P.R.D. Hell on Earth vol. 3: Russia

Le pitch : Kate et Johann répondent à l’appel de leurs homologues russes pour résoudre un cas de possessions et d’apparition de mort-vivant dans une mine désaffectée.

L’avis : Mignola et Arcudi laissent plus ou moins de côté les éléments d’intrigues développés dans le tome précédent. Abe et Devon ne font donc que de brèves apparitions. Kate et Johann occupent le devant de la scène. Face à eux, Iosif, un personnage introduit dans une des mini-séries Abe Sapien que malheureusement je n’ai pas lue. J’ai décidé de ne plus être un complétiste de l’univers Hellboy et c’est la première fois que je m’en mords les doigts. Le personnage est vraiment intéressant et j’aurais aimé en savoir plus sur ses origines. Cela dit, ça n’a pas de réel impact sur l’histoire racontée dans ce tome, une histoire solide et agréablement illustré par Tyler Crook. J’ai trouvé encore assez difficile de ne pas penser à Guy Davis tellement il a marqué la série, mais Tyler Crook s’en sort bien. Il est peut-être moins performant que son illustre prédécesseur dans le registre des monstres et de l’horreur, mais j’aime la douceur de son trait et l’expressivité de ses personnages. A noter qu’un certaine continuité graphique est assurée par le fait qu’il s’est basé pour ce tome sur le travail préparatoire de Guy Davis, sans oublier la supervision de Mignola, comme l’atteste la section d’esquisses de l’ouvrage. En parlant de bonus, on a également droit en guise d’épilogue à quelques pages illustrées par Duncan Fegredo. Elles font le lien entre les derniers évènements concernant Hellboy et l’histoire personnelle de Kate. Là encore, bonne lecture. Sur ce, j’enchaine directement avec le tome suivant qui est déjà paru, en pariant sans grand risque que ça va se maintenir au niveau de qualité auquel cette série nous a habitué.

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Swamp Thing vol. 1: Raise Them Bones

Le pitch : Alec Holland, fraichement ressuscité, aimerait oublier la créature qu’il a été pendant des années. Mais c’est sans compter sans les forces de la nature, verte et noire, qui n’en n’ont pas fini avec lui.

L’avis : Le hasard a fait que j’ai reçu à peu près en même temps la réédition du tome 2 de Saga of the Swamp Thing et le premier tome de la nouvelle mouture du personnage proposée par DC. Voilà donc une très bonne occasion de faire une lecture comparée des deux approches. Ce qu’on peut tout d’avoir dire en substance, c’est que Scott Snyder s’inscrit dans la ligne droite du classique d’Alan Moore, mais avec une approche de l’écriture radicalement différente. On retrouve les mêmes personnages ou leurs variations (Alec en chair et en os, Abby version rock’n'roll, le petit frère Arcane plutôt que l’oncle). On se laisse également envahir par la même atmosphère d’horreur teintée de métaphysique. A part ça, rien à voir. Là où Alan Moore s’épanchait longuement dans une prose ciselée mais parfois indigeste, Scott Snyder passe essentiellement par les dialogues et l’horreur graphique. Autant vous dire que ça se lit beaucoup plus vite. Et ça se lit très bien. L’écriture précise et efficace de l’auteur permet de bien mettre en place les concepts centraux de sa relecture du mythe Swamp Thing tout en faisant avancer l’intrigue rapidement.

Le succès de l’ouvrage tient aussi largement à la prestation de Yanick Paquette au dessin, vraiment très inspiré. Là aussi, gros contraste avec le travail de Bissette et collaborateurs sur le Swamp Thing d’Alan Moore. C’est résolument plus moderne dans le trait et la composition. Cela dit, tout comme Bissette, Paquette expérimente beaucoup avec des mises en page complexes et osées. Le sens de lecture n’est parfois pas évident, il faut le dire, et ça ralentit le rythme de la narration, mais c’est peut-être l’effet recherché et, quoi qu’il en soit, c’est sacrément joli à regarder. A noter également que Marco Rudy, qui n’intervient que sur un épisode pour soulager Paquette, ne démérite pas du tout.

Bref, je trouve ce reboot de Swamp Thing très réussi. On est clairement dans la même veine que le nouvel Animal Man et c’est fort logiquement que les deux histoires vont se rejoindre bientôt. Comptez sur moi pour vous en parler d’ici quelques mois.

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Saga of the Swamp Thing Book 2

Le pitch : Swamp Thing va chercher Abby en enfer et lui fait l’amour à sa manière. Entre deux, il fait la connaissance de petits extraterrestres à la recherche d’une planète accueillante.

L’avis : Si vous êtes un habitué des lieux, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi je mettais autant de temps à pondre une nouvelle chronique. Et bien, cela tient en partie au fait que j’ai eu peu de temps pour lire ces dernières semaines, mais aussi au fait que je me suis attaqué à une lecture qui s’est avéré laborieuse, celle du deuxième tome de Saga of the Swamp Thing. J’avais pourtant apprécié le premier volume, mais là, j’ai eu le plus grand mal à entrer dedans et je me suis surpris à très souvent reposer le bouquin après la lecture d’un épisode seulement.

L’ouvrage commence par Swamp Thing qui enterre les restes de son propre corps (enfin, celui d’Alec Holland) pour faire la paix avec sa nature d’homme-plante. Intéressant, mais pas passionnant et en tout cas pas aussi touchant qu’escompté. Vient ensuite le plus gros morceau, trois épisodes de la série régulière plus un annuel, qui fait basculer l’histoire dans l’horreur à grand renfort d’insectes grouillants, de corps torturés et de damnés en souffrance. Au passage, tous les personnages de la partie occulte de l’univers DC jouent les guest stars. Certains passages ont beaucoup d’intensité et ont généré un véritable malaise chez moi, mais c’est quand-même globalement très bavard. L’épisode suivant, intitulé Pog, est probablement le plus réussi. Les extraterrestres ont des têtes de mignons jouets, mais leur histoire est plus touchante et tragique que drôle. Vient ensuite un épisode constitué en partie par une réédition d’un classique de Len Wein et Berni Wrigthson dans lequel on apprend qu’il y a eu d’autres Swamp Thing avant Alec Holland. Enfin, le bouquin se conclue par Abby qui déclare maladroitement sa flamme à Swamp Thing avant de s’embarquer avec lui dans un trip sexuel psychédélique. L’idée de mettre en scène la relation intime entre une femme de chair et un homme-plante est excellente, le dessin de Bissette et Totleben est particulièrement réussi, mais l’écriture, aussi virtuose soit-elle, m’a laissé complètement froid. En d’autres mots, j’ai eu le sentiment d’assister à une scène de sexe hyper-intellectualisée, tout dans la sensation, mais sans chaleur et sans impact émotionnel.

Au final, je suis plutôt déçu par ce second tome et je ne lirai pas la suite. C’est très bien écrit, mais souvent au dépend de l’émotion. C’est globalement très bien illustré, mais aussi assez daté. Et puis, on sent bien que ça a été extrêmement novateur à l’époque, mais Vertigo, que Swamp Thing a largement contribué à faire naître, est passé par là depuis et l’impact n’est pas ce qu’il aurait été si je l’avais lu à l’époque. D’ailleurs, je viens d’entamer le Swamp Thing actuel de Snyder et Paquette. On verra ce que ce vent de modernité ajoute ou retire au personnage.

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Best of Comics from Mars 2012

2012 est à peine terminée que l’envie de faire le bilan me prend, comme ces dernières années. Comme d’habitude, j’y vais à rebours et je commente ensuite.

#10 – Sweets: A New Orleans Crime Story
Un polar urbain de facture assez classique, mais remarquablement bien mis en scène par Kody Chamberlain, un nouveau venu aussi doué à l’écriture qu’au dessin.

#9 – Xombi
Du superhéros conceptuel, original et un peu dingue, avec quelques pointes d’humour pour la légèreté, le tout servi par un Frazer Irving au trait élégant et à la mise en couleur hors normes.

#8 – The Stuff of Legend vol. 3: A Jester’s Tale
L’épopée des jouets dans le sombre monde continue, avec toujours des personnages bien construits, du rythme et le très beau travail de Charles Paul Wilson III au dessin.

#7 – King City
400 pages d’un récit gentiment barré, sexy, bourré d’action et de drôlerie, avec une pointe de romance et une armée de chats hallucinants. Impossible de résister au talent de Brandon Graham.

#6 – Daredevil by Mark Waid vol. 1
Très bonne reprise en main de l’homme sans peur avec beaucoup d’intelligence dans l’écriture, le tout mis en scène par un duo de dessinateurs pleins d’élégance.

#5 – 100 Bullets: The Deluxe Edition Book 1 & Book 2
Un polar à histoires indépendantes reliées par un mystérieux fil rouge. C’est bien construit, remarquablement dialogué et le dessin de Risso n’est pas en reste. Un classique qui mérite de l’être.

#4 – Criminal vol. 6: The Last of the Innocent
Un thriller très maitrisé, tout en ambiguïté morale. Une des meilleures collaborations du tandem Brubaker-Philips à ce jour, et ce n’est pas peu dire quand on connait la qualité de leur production.

#3 – The Unwritten vol. 5: On to Genesis
Toujours aussi intelligemment écrit et élégamment illustré, The Unwritten impressionne par la qualité de sa narration. Une série à ne surtout pas manquer.

2 – Locke & Key vol. 4: Keys to the Kingdom
Une narration variée, intelligente et inventive, au service d’une intrigue passionnante, avec un joli coup de théâtre final. En prime, un dessin aussi bon que constant. Vivement la suite !

And the winner is…

#1 – Scalped vol. 9: Knuckle Up
Avant même sa conclusion, Scalped confirme son statut de série culte. Les pièces du puzzle s’emboitent et s’enflamment. Un ballet de violence et d’émotion.

Et voilà ! Scalped a été de tous mes best of depuis quatre ans. Il fallait bien qu’il arrive sur la plus haute marche du podium à un moment donné. A noter que, techniquement, le vol. 8 aurait dû faire partie du palmarès, et même du top 5, mais j’ai préféré laisser la place à d’autres titres. L’avenir dira comment se placera le tome final que je n’ai toujours pas lu à cette heure.

Si Scalped est indéniablement le vainqueur du palmarès, j’ai eu bien du mal à départager les places de 2 à 5. Aucun n’a été noté A+, mais ce sont tous d’excellents ouvrages à mettre entre toutes les mains.

Au-delà de Scalped, DC sort grand vainqueur de mon palmarès avec quatre titres, dont trois Vertigo. Quand on sait que 2012 aura vu le départ de Karen Berger de la tête de ce coin magique de l’univers comics, il y a de quoi avoir des regrets.

Le quatrième titre DC appartient à leur univers superhéroïque. Avec Daredevil pour Marvel, c’est la première fois que les deux géants du comics mainstream sont présents dans mon palmarès. Comme quoi on arrive encore à faire de bonnes soupes dans des vieilles casseroles. En revanche, moins d’indépendants que d’habitude au classement cette année. C’est assez étonnant, car je ne me sens pas un goût retrouvé pour DC et Marvel au détriment de la production indépendante. Mais bon, de fait, quelques titres mainstreams sont sortis du lot, alors que les indés ont peiné à m’enthousiasmer vraiment. Image se maintient avec deux titres. Dark Horse disparaît du top ten malgré un ou deux titres pas loin sous la barre.

A noter aussi la prédominances des polars dans ce classement. Pour les amateurs du genre comme moi, la période fut faste, même s’il est vrai que 100 Bullets n’est qu’une réédition.

Au final, 2012 n’aura pas été une mauvaise année, mais pas une grande non plus, bien moins bonne que 2011 en tout cas. Surtout, elle aura été pauvre en nouveauté marquante. Espérons que 2013, année de la fraise, sera plus juteuse.

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