B.P.R.D.: Vampire

Le pitch : Simon Anders décide d’affronter de façon frontale les vampires à l’origine de ses tourments.

L’avis : Vampire est la suite directe de B.P.R.D.: 1948. D’ailleurs, il se déroule également en 48. Mais s’il est intitulé Vampire, au singulier, plutôt que 1949, ce n’est pas tant pour une question de date que parce que l’histoire est totalement centrée sur Anders. Pour raconter cette histoire, Mignola retrouve ceux qui l’avaient commencée avec lui dans l’opus 1947, j’ai nommé les frères Bá et Moon. Leur implication est même plus importante puisqu’ils cosignent le scénario avec Mignola. Merveilleux, me direz-vous ! Oui, mais non. Si l’intrigue est bien accrocheuse au départ, elle manque vite d’un réel souffle. Surtout, ce qui est le plus décevant, c’est que le dessin de Gabriel Bá devient de plus en plus brut, voire brouillon par instant, bien loin de l’élégance et de la fluidité auxquelles il nous a habitué. Soyons clair, du « mauvais » Gabriel Bá reste du bon dessin, mais c’est une relative déception. Donc, au final, j’ai été assez peu convaincu par cet épisode. Il n’empêche que je serai de la partie pour la suite, quand elle viendra, histoire de voir quelle est la destinée du soldat Anders et quelle conséquence cette histoire aura pour Bruttenholm et son B.P.R.D.

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B.P.R.D.: 1948

Le pitch : Bruttenholm et ses hommes partent dans le désert enquêter sur de redoutables monstres apparus suite à des essais atomiques.

L’avis : Après 1946 et 1947, Mike Mignola continue de nous présenter les premières années du B.P.R.D. L’intrigue principale qui tourne autour de l’origine des monstres et du meilleur moyen de s’en débarrasser n’a qu’un intérêt limité. En revanche, c’est l’occasion pour Mignola de développer ses personnages. Bruttenholm rencontre un amour qui lui file entre les doigts. Anders affronte comme il peut les sœurs vampires qui l’habitent. Son comportement génère malaise puis colère chez les autres soldats du B.P.R.D. Quand à Hellboy enfant, il souffre de ne pas être un petit garçon comme les autres. Tout ça donne quelques scènes d’une grande justesse, servis par des personnages bien étoffés et très humains. John Arcudi fait merveille dans ce registre, comme d’habitude. Côté dessin, Max Fiumara reprend les personnages à sa façon et livre une très belle prestation de bout en bout. En plus, ses croquis préparatoires dans la section bonus de l’ouvrage sont de toute beauté. Bref, du très bon B.P.R.D.. J’enchaine d’ailleurs immédiatement avec la suite qui – surprise ! – ne s’intitule pas 1949. Chronique à venir d’ici quelques jours.

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East of West vol. 1: The Promise

Le pitch : Dans un monde futuriste où la guerre de sécession américaine a pris une drôle de tournure, la fin du monde est proche selon la prophétie du Message, mais la Mort, un des quatre cavaliers de l’apocalypse, a des objectifs plus personnels.

L’avis : Voilà une lecture intéressante. Hickman créé un univers original mêlant western, science fiction et mythes religieux. Le scénario n’est pas toujours aisé à suivre, car, comme parfois avec Hickman, la mise en place des éléments de l’intrigue se fait par touches discontinues et on se demande où tout cela mène. Ça peut être assez frustrant par moment. Arrivée à la fin de ce tome d’introduction, il reste encore pas mal de questions ouvertes, mais on commence à avoir une bonne vision d’ensemble. Côté dessin, j’ai vraiment beaucoup apprécié le travail de Nick Dragotta (à ne pas confondre avec Nick Pitarra, le dessinateur de The Manhattan Projects), que je ne connaissais pas. Son style est précis, énergique, avec un bel encrage. Ses personnages sont expressifs et, côté narration, ça se défend bien. Bref, rien à jeter. Voilà, maintenant que l’histoire est bien lancée, reste à voir comment Hickman va développer tout ça.

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March book 1

Le pitch : L’autobiographie de John Lewis, figure de la lutte contre la ségrégation.

L’avis : Autant le dire tout de suite, j’attendais beaucoup de cet ouvrage, tout d’abord car j’apprécie beaucoup Nate Powell et ensuite car les premiers échos au moment de sa sortie saluaient l’intensité du récit. Sur le premier point, aucun soucis. La justesse et l’expressivité des dessins de Powell est bien là. Cela dit, j’ai été moins marqué par ces qualités que sur Swallow Me Whole ou The Silence of Our Friends peut-être justement car il y a moins de sentiments à exprimer. C’est en effet là où j’ai été un peu décontenancé. Si le récit a une valeur documentaire évidente, je l’ai trouvé très sobre, pour ne pas dire sans vrai relief émotionnel. Alors oui, j’ai énormément apprécié la façon dont est présentée la doctrine de la non-violence et la stratégie des sittings utilisée pour obtenir le droit à s’assoir au comptoir des restaurants de la ville, mais le personnage de John Lewis, son enfance comme sa personnalité d’adulte, m’ont laissé froid. Au final, j’ai tout de même le sentiment d’avoir fait une bonne lecture, mais je n’ai pas vraiment envie de lire la suite de ce qui est annoncé comme une trilogie. Dommage.

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Nexus Omnibus vol. 3

Le pitch : Quand Nexus élimine les criminels de masse, ça ne fait pas un plis. Quand il délègue les exécutions ou la gestion d’Ylum, c’est parfois plus compliqué.

L’avis : Ce troisième omnibus est un chouia inférieur au deux précédents. Sans être inintéressant, j’ai trouvé le scénario globalement moins relevé, peut-être parce qu’il est plus dispersé. Il y a quand-même quelques épisodes qui sortent du lot, surtout sur la fin du tome. Côté dessin, les épisodes dessinés par Steve Rude sont un pur régal et valent à eux seuls l’achat du bouquin. Lorsqu’il cède la place à des guest stars, pourtant pas des manches (Mignola jeune, Rick Veitch, Garcia-Lopez, Jackson Guice), c’est franchement moins bien. Il n’y a guère que Paul Smith qui ne souffre pas trop de la comparaison. Il signe ici deux épisodes que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Apparemment, il devient par la suite la doublure régulière de Steve Rude. Ça promet un vol. 4 de grande qualité.

Un épisode de Nexus, c’est deux tiers de Nexus et un tiers de backup. Le dernier tome m’avait filé une indigestion de Clonezone. Le comique pas très drôle refait ici une apparition, puis disparaît pour laisser la place à Judah The Hammer. Le personnage est bien plus sympathique, mais, dans l’ensemble, les histoires courtes qui le mettent en scène sont d’un intérêt limité. Comme en plus, c’est un défilé d’illustrateurs inconnus et pas toujours bons, ça devient vite lassant. Il y a quand-même deux ou trois épisodes qui relèvent le niveau, notamment un où il dévergonde un de ses neveux, mais ça fait peu sur l’ensemble.

Bref, du très bon Nexus, du un peu moins bon et des backup plutôt médiocres, ça fait une moyenne qui dit « peut mieux faire ». Vu ce que j’ai feuilleté du vol. 4, déjà commandé et reçu, ce sera le cas.

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Best of Comics from Mars 2013

Voici venu le temps du bilan. Comme chaque année, le classement à rebours, puis quelques commentaires de synthèse.

#10 – Hard Time: 50 to Life & Sixteen
Un récit mêlant claustrophobie carcérale et fantastique, injustement boudé par les lecteurs malgré une belle alchimie entre Steve Gerber et Brian Hurtt sur le plan de la narration. A découvrir.

#9 – The Manhattan Projects vol. 2
Un récit loufoque, intelligemment écrit, habité par des personnages hauts en couleur. Du grand n’importe quoi à tendance jubilatoire. La science ne s’est jamais aussi mal portée.

#8 – Hawkeye vol. 1: My Life As A Weapon
Beaucoup de virtuosité et d’originalité dans la narration, en particulier avec David Aja au dessin. Du superhéros qui n’en est pas vraiment et qui souffle un vent de fraicheur chez Marvel.

#7 – Locke & Key vol. 5: Clockworks
Le tome des grandes révélations qui nous plongent dans le passé et nous préparent à la confrontation finale. Un récit toujours aussi passionnant servi par un Gabriel Rodriguez remarquable de constance et de justesse au dessin.

#6 – The Unwritten vol. 7: The Wound
Un récit qui rebondit de fort belle manière, toujours aussi intelligemment écrit avec toute l’élégance de Peter Gross au dessin. La meilleure série Vertigo encore en cours.

#5 – Prophet vol. 1 & 2
De la SF déglinguée, remplie de bonnes et étranges idées et servie par une palette d’artistes originaux. Ca fait fondre quelques neurones, mais c’est bon. Merci à Brandon Graham pour le trip.

#4 – Scalped vol. 10: Trail’s End
La conclusion réussie d’un polar de haute volée. Violent et touchant à la fois. La fin laisse une touche d’amertume métallique en bouche, tout ça toujours admirablement illustré par le grand R.M. Guéra.

#3 – Batman: The Black Mirror
Scott Snyder et ses acolytes mettent en scène Batman et Gordon dans un récit de haute volée. Jock est impressionnant, Francavilla terrorisant. Un des meilleurs comics de superhéros de ces dernières années.

#2 – Saga vol. 1 & 2
Brian K. Vaughan revient en fanfare avec ce récit de SF tantôt drôle, tantôt dramatique. Ça fourmille de bonnes idées et c’est fort joliment illustré par Fiona Staples. La meilleure série continue du moment, sans hésitation.

… and the winner is…

#1 – Lone Wolf & Cub Omnibus vol. 1 & 2
La réédition d’un des chefs d’œuvre du manga. Publié durant les années 70, ça n’a pas pris une ride. Une ambiance fascinante, un souffle narratif hors du commun et des  dessins époustouflants de fluidité et d’énergie. Indispensable !

Et bien, quelle année ! Pas moins de quatre A+ au compteur, dont deux pour Lone Wolf & Cub. A partir de la cinquième place, le classement est serré et j’aurais pu facilement faire un top 15, car on trouve au portillon de très bonnes lectures comme les derniers opus de Age of Bronze, Mouse Guard, Fatale ou 100 Bullets. A noter aussi que quatre séries sont représentées par deux volumes lus dans l’année, ce qui fait de facto de ce top 10 un top 14. Quelle mêlée ! A contrario, je n’ai pas intégré le second volume de Hawkeye qui, quoique bon, est un petit cran en dessous.

C’est presque habituel, mais la première place revient à une œuvre hors norme, cette fois un manga publié il y a 40 ans. Il faut dire que je me suis pris de belles claques à sa lecture. Bien plus moderne, on trouve en seconde position la dernière production de BKV. Voilà quelqu’un qui manquait cruellement au comics. Heureusement les séries télé ne nous l’ont pas pris trop longtemps. Vient ensuite un excellent Batman comme je croyais ne plus jamais en lire.  Scalped vol. 10 se retrouve mécaniquement en quatrième position, ce qui peut paraître injuste, car il offre une belle conclusion à un des meilleures série jamais publiée, mais je n’ai jugé qu’en fonction du mérite propre à ce tome en particulier.

Beaucoup de fantastique et de SF, très peu de polar et de récit réaliste, cette année. Deux comics de superhéros, un DC et un Marvel, comme l’année dernière. Côté maison d’édition, DC reste en tête en terme de place, mais de peu, et si on compte en termes de tomes (avec les deux Saga plus les deux Prophets contre les deux Hard Time), c’est l’égalité entre DC et Image. Dark Horse prend la première marche du podium, mais c’est tout. Beaucoup de B.P.R.D. cette année, mais aucun tome véritablement marquant. IDW, avec un seul titre, représente à lui seul les indépendants. C’est une première, mais il est vrai que j’ai moins expérimenté cette année.

En tout cas, malgré un volume de lectures clairement en baisse, faute de temps, ce fut une très belle année comics. Je nous souhaite à tous une année 2014 aussi bonne.

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