Tokyo Ghost vol. 1: Atomic Garden

Le pitch : En 2089, dans un monde d’opulence dominé par les technologies de l’information, deux agents sont envoyés au Japon, là où la technologie est bannie.

L’avis : Belle réussite que ce premier tome de Tokyo Ghost. Ce n’est pas vraiment une surprise, car Remender, quand il est en forme, fournit des lectures stimulantes et Sean Murphy est toujours éblouissant. C’est le cas ici sur les deux tableaux. Le scénario n’a rien de franchement subtil. Le peuple gavé d’information jusqu’à l’addiction la plus extrême, le cynisme absolu des conglomérats qui entretiennent le système, et par opposition, l’idéalisme écolo-humaniste de leurs adversaires, tout ça est à la limite du caricatural, mais, en même temps, c’est très bien exécuté, avec quelques très bonnes idées. Ca fait au final un environnement fort intéressant. Par ailleurs, le récit alterne les scènes d’action rocambolesques et les moments consacrés au développement des personnages. Bien-sûr, tout cela est sublimé par le travail de Sean Murphy, totalement dans son élément. Il reprend d’ailleurs pas mal des thèmes de son Punk Rock Jesus. Le dessin est riche, détaillé et ultra-dynamique. On se demande vraiment comment il arrive à fournir des planches aussi travaillées à un rythme pareil. Chapeau bas, encore une fois.

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Punk Rock Jesus

Le pitch : Une chaine de télévision finance le clonage du Christ pour mettre le nouveau messie au centre d’une émission de téléréalité.

L’avis : Le hasard de la publication en recueil a fait que j’ai lu Punk Rock Jesus peu de temps après Joe the Barbarian. Difficile donc de ne pas faire la comparaison. Et bien, faisons la et comparons d’abord ce qui est le plus directement comparable, c’est-à-dire le dessin de Sean Murphy. Sur ce terrain, je donnerai l’avantage à Punk Rock Jesus, non seulement parce que le noir et blanc va comme un gant au trait de Murphy, mais aussi parce que l’artiste se lâche nettement plus. Ses designs sont extravagants (quelles motos de folies !) et il y a plus de rage dans la mise en scène. Vraiment, je me suis régalé encore une fois.

Côté scénario, l’écriture de Sean Murphy n’a pas grand chose à voir avec celle de Grant Morrison sur Joe. L’idée de départ (cf. le pitch) est excellente. C’est pour l’auteur l’occasion de proposer un satire au vitriol de la télé réalité et de la religion. Le vitriol, ça brûle, ça défigure et autant dire que ça ne fait pas forcément dans à subtilité. A priori, l’agnostique convaincu que je suis est la cible idéale pour apprécier un tel brûlot anti-religieux, mais j’ai quand-même trouvé les personnages franchement caricaturaux par moment. Il n’y a pas un chrétien pour racheter la horde d’extrémistes qui s’agitent dans le récit. Dans l’ensemble, les personnages sont taillés à la hache. Alors, d’un certain point de vue, c’est très punk et donc parfaitement cohérent avec le titre, mais ça fait une lecture dont les ressorts sont un peu raides pour être vraiment efficaces.

Malgré ce bémol, Punk Rock Jesus reste une lecture très recommandable, que je déconseillerais juste aux croyants un tant soit peu allergique à la remise en cause de leur foi.

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Joe the Barbarian

Le pitch : Joe, adolescent diabétique, est pris d’une violente crise d’hypoglycémie dans sa chambre à l’étage, un jour où il est seul chez lui. La descente jusqu’à la cuisine à la recherche d’un soda salvateur se transforme en quête dans un univers extraordinaire peuplé d’échos de sa vie réelle.

L’avis : Très bonne lecture que ce Joe the Barbarian dont le personnage principal n’a vraiment rien d’un barbare. C’est au contraire un ado qui a la tête sur ses épaules malgré la perte de son père, pas trop sûr de lui mais courageux, et au global plutôt attachant. Grant Morrison lui fait tracer une route chancelante entre hallucination et réalité sans perdre le lecteur au passage, ce qu’on pouvait redouter connaissant la propension de l’auteur à faire dans l’obscur. Le récit bénéficie aussi d’une galerie de personnages secondaires hauts en couleur, même si tous ne sont pas véritablement exploités. La quête de Joe donne lieu à une aventure riche en action jusqu’à une résolution pas tout à fait surprenante, mais satisfaisante. Tout ça est sublimé par le dessin remarquable de Sean Murphy. Il arrive à donner une véritable âme à la maison de Joe dans le monde réel, avec des perspectives étirées à la mesure des hallucinations de Joe. Quant au monde fantastique, il lui donne l’occasion d’être créatif à souhait. C’est riche, dynamique, avec des planches superbement composées et un encrage splendide. A vrai dire, j’aurais été totalement enthousiaste si le récit avait été plus court, parce que j’ai trouvé quand-même le temps un peu long à la fin. Je fais peut-être un peu la fine bouche, car qui peut se plaindre de deux épisodes supplémentaires de Sean Murphy ? Certes, mais c’est l’impression générale qui compte. Cela dit, je recommande tout à fait cette lecture.

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American Vampire vol. 3

Le pitch : Deux aventures en pleines seconde guerre mondiale. Dans la première, Pearl et Henry s’envolent pour une île du pacifique où se développe une nouvelle race de vampires. Dans la seconde, Felicia et Cash partent à la recherche d’un remède au vampirisme dans un château infesté de monstres nazis.

L’avis : Ce troisième opus d’American Vampire s’inscrit dans la lignes droite des deux tomes précédents. On change à nouveau de décennie pour mettre les protagonistes en face des méchants de l’époque, soit les japonais et les allemands, qui chacun dans leur style se sont accoquiné avec les vampires. Dans l’ensemble, la lecture est plaisante. C’est bien écrit, bourré d’action et Snyder décline la mythologie des vampires de façon fort intéressante. On découvre de nouvelles races de vampires, nouvelles ou archaïques, et les relations qu’elles entretiennent. En revanche, mon enthousiasme bute toujours sur les deux mêmes éléments qui sont autant de défauts pour moi. D’une, l’espèce de romantisme à l’eau de rose qui lie les personnages me laisse totalement froid. De deux, nombres de scènes d’action ne sont pas crédibles pour un sou, ce qui fait des rebondissement qui tombent à plat. Tout ça est quand même un peu gênant.

Côté dessin, on a le droit à un hors-d’œuvre offert par Danijel Zezelj, ce qui est toujours un plaisir. Ensuite, on retrouve Rafael Albuquerque qui n’est pas mon dessinateur préféré, loin s’en faut, mais qui délivre dans l’ensemble une belle prestation, avec juste quelques planches moins réussies que d’autres. Enfin, on a le droit à un feu d’artifice tiré par Sean Murphy. C’est en grande partie grâce à lui que le dernier volet de l’ouvrage est le plus réussi. Vraiment du très joli travail !

Au final, je ne sais pas trop sur quel pied danser avec cette série. D’un côté, j’ai des réticences sur des éléments qui sont au cœur de la série : les personnages de Pearl et Henry, leur relation amoureuse tartignole et les dessins d’Albuquerque qui ont du mal à m’emballer. Si on ajoute à ça quelques roulements d’yeux dans les scènes d’action, il y a largement de quoi ne pas chercher à aller plus loin. Cela dit, je suis quand-même très tenté de continuer à lire cette série pour voir où elle mène. Nous verrons lorsque sortira le vol. 4 si l’envie est toujours là.

Pour voir : le travail de Zezelj, Albuquerque et Murphy
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