Russian Olive to Red King

Le pitch : Alors qu’Olive part effectuer une mission scientifique en milieu hostile, Red, son compagnon, écrivain à tendance névrotique, affronte l’angoisse de la séparation.

L’avis : Autant commencer tout de suite par l’essentiel : cette BD mérite d’être achetée ne serait-ce que pour les illustrations. Stuart Immonen est un des meilleurs dessinateurs de son époque. C’est vrai quand il dessine du superhéros et c’est encore plus vrai lorsqu’il met son talent au service d’oeuvres plus sensibles, comme ce Russian Olive to Red King ou, avant ça, Moving Pictures. Certaines planches sont de toute beauté et servent admirablement bien le caractère mélancolique de l’histoire. Côté scénario, justement, mon enthousiasme n’est pas à la même hauteur. Si la partie qui concerne Red parvient bien à son but, montrer l’angoisse de la perte de l’autre qui évolue au fil du temps sur un terrain psychologique déjà fragile, la partie qui concerne Olive est nettement plus fade. Tout cela se lit très vite, jusqu’à ce que, surprise, l’ouvrage se transforme en une prose largement déconnectée de l’histoire qui précède. En termes d’illustrations pour ce texte plutôt indigeste, on a le droit à de petites vignettes représentant des carreaux cassés. Un peu dommage, tout de même, quand on a Stuart Immonen sous la main. Bref, vous l’aurez compris, mon impression est plutôt mitigée. Je ne regrette pas mon achat, car je pense que l’oeuvre vaut le détour, mais je suis quand-même largement resté sur ma faim.

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Johnny Hiro

L’histoire : Johnny Hiro vit à New York avec sa petite amie. Il travaille comme commis de cuisine dans un restaurant. Mis à part les factures à payer, la vie de Johnny a tout pour être simple, si ce n’était cette fâcheuse tendance qu’il a à être entrainé dans des aventures rocambolesques.

L’avis : Difficile de ne pas penser à Scott Pilgrim ou King City lorsqu’on aborde Johnny Hiro. D’ailleurs, si vous êtes clients des comics à la sauce manga sus-cités, vous devriez trouver votre compte dans cette histoire. La recette est un peu la même, un mélange de tranche de vie et d’aventures absurdes et décalées. A mon avis, c’est tout de même un peu moins barré que Scott Pilgrim, plus tranquille et un peu plus sérieux par moment. La force du scénario est justement de savoir passer quasi-instantanément du délirant au touchant. La plupart du temps, ça fonctionne très bien. Les délires en eux-même sont plus ou moins réussis selon les épisodes. Il y a notamment une course poursuite en camion que j’ai trouvé peu moins convaincante. A noter aussi que l’histoire est ponctuées de rencontres entre Johnny et des célébrités américaines qui risquent de parler assez peu aux lecteurs européens. Quant au dessin, j’ai vraiment beaucoup apprécié le trait de Fred Chao, à la fois dynamique, délicat et expressif. Je recommande donc vivement.

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Skyscrapers of the Midwest

L’histoire : Un jeune garçon vivant dans un coin isolé de l’Amérique rurale affronte les premiers affres de l’adolescence et trouve refuge dans son imagination débordante.

L’avis : Le résumé que je viens d’écrire est vraiment un résumé à minima qui ne reflète que la surface de ce qu’est Skyscrapers of the Midwest, c’est-à-dire une œuvre surprenante, un peu étrange et d’une grande richesse narrative. En substance, c’est effectivement le récit d’un pré-adolescent, pas encore tout à fait sorti de l’enfance mais déjà mal dans sa peau, qui doit gérer en vrac un manque de popularité à l’école, son premier rejet amoureux, la place de la religion dans sa vie, son jeune frère qu’il a de plus en plus de mal à accompagner dans ses jeux et la mort de sa grand-mère. Tout ça est décrit par un ensemble de vignettes interreliées où le concret se mêle à un imaginaire très métaphorique. Le ton général est plutôt sombre et l’émotion à fleur de peau. Joshua Cotter y insère toutefois quelques touches d’humour, notamment au travers de fausses publicités totalement cyniques et d’un courrier des lecteurs animé par un cowboy caractériel et déjanté. Côté dessin, difficile de ne pas penser à Robert Crumb, mais ce ne serait pas justice que de laisser croire qu’il s’agit là d’une simple imitation. Le trait de Cotter est subtil et d’une grande justesse pour faire transparaitre l’émotion de ses personnages. Il s’agit donc d’une œuvre singulière qui ne peut pas laisser indifférent. Une belle réussite en ce qui me concerne.

Pour voir : un extrait en pdf et le site de l’artiste
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Process Recess 2

James Jean est un artiste extraordinaire. Les couvertures qu’il produit pour la série Fables le prouvent mois après mois. J’aime tellement ce qu’il fait que je suis prêt à acheter des livres d’art de lui. Vous savez, le genre de truc qui coute cher et qu’on feuillète une fois de temps en temps juste pour le plaisir des yeux. James Jean en avait sorti un il y a 2 ou 3 ans par l’intermédiaire d’Adhouse Books. Process Recess était un bel objet, mais le format, très petit, m’avait donné quelques regrets. L’élégance et le détail des dessins de James Jean méritaient bien mieux, me disais-je à l’époque. Et bien, voici Process Recess 2, le retour, et le Francky, il est très content. Il faut dire que, cette fois, le livre se présente sous la forme d’un portfolio de 40×25 cm environ. Les planches sont entièrement cartonnées et ne demandent qu’à être découpées pour être mises sous cadre. Plutôt qu’un long discours, le mieux est peut-être que je vous montre :

Snow queen superstar

Une allégorie du sevrage alcoolique

La prof qui a habité vos rêves d’adolescent

Une succube moderne en pleine action

Et puis enfin, suivez James Jean en personne en train de parcourir rapidement l’ouvrage en question :

[youtube]1UogRLAuqdI[/youtube]

Le livre contient bien plus de planches que ce que l’on voit ici, 23 au total, plus quelques jolis croquis du studio de James Jean. De plus, l’ouvrage feuilleté ci-dessus est la version luxe à $150 de Process Recess 2. Pour 25 € sur Amazon, vous aurez la même chose en couverture souple et reliure spirale, sans les intercalaires transparents. Une bien meilleure affaire. Ne tardez pas, si vous êtes intéressé. Process Recess 1er du nom a été épuisé très rapidement et vient seulement d’être réédité. Il y a fort à parier que ce sera la même chose pour celui-là.

Reste maintenant pour moi à décider quelles planches vont passer sous cadre et atterrir sur mes murs…