The Last Run: A Queen & Country Novel

Le pitch : Alors qu’elle a pris la décision d’arrêter les missions sur le terrain, Tara Chase est envoyée pour une dernière opération à Téhéran.

L’avis : Vous me direz que c’est étonnant pour un blog sur les comics, mais, après la chronique d’un manga, voilà que je vous parle d’un roman. Il faut dire qu’il est issu d’une série de comics dont j’ai déjà dit le plus grand bien et que Greg Rucka a décidé de décliner en romans. Après A Gentleman’s Game et Private Wars, The Last Run s’annonce le dernier de la série. Dès le début et jusqu’au bout se pose la question de savoir si Tara Chace survivra à ce chapitre. Je ne vous ruinerai pas la surprise. En tout cas, le récit est une vraie réussite. Je crois que je préfère encore Rucka comme écrivain que comme scénariste de comics. L’intrigue s’avère passionnante, sans temps mort, avec un suspense haletant, à tel point que je me suis avalé la deuxième moitié du bouquin d’une traite jusqu’au milieu de la nuit. Quant à la suite, difficile de dire s’il y en aura une. A mon avis, la dernière ligne forme un point final satisfaisant à Queen & Country, mais la porte reste ouverte à une suite, dans une configuration forcément très différente. Je précise tout de même que The Last Run peut tout à fait s’apprécier sans n’avoir jamais lu les opus précédents, mais si vous avez suivi les comics, vous auriez bien tord de vous en priver.

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Seconds

Le pitch : Katie, chef talentueuse, s’inquiète de l’état d’avancement des travaux du second restaurant qu’elle n’est pas sure d’avoir choisi correctement. Elle regrette aussi la rupture avec son ex. Un jour, une étrange jeune fille apparaît dans sa chambre et lui offre la possibilité de corriger ses erreurs du passé.

L’avis : Plus de quatre ans après la fin de Scott Pilgrim, ce fut un plaisir de retrouver la patte de Bryan Lee O’Malley. Cela dit, Seconds a beaucoup plus à voir avec Lost at Sea, la première oeuvre de l’auteur, qu’avec Scott Pilgrim. Même si Seconds n’est pas dépourvu d’humour, le fond de l’histoire est tout de même assez sombre. Contrairement à Scott Pilgrim qui bénéficiait d’une galerie de personnages étendue et intéressante, Seconds est totalement centré sur le personnage principal, le reste du casting n’étant que très peu développé. J’ai d’ailleurs trouvé l’entame de l’histoire assez moyenne, car reposant sur une introspection trop banale pour être intéressante. Lorsque le fantastique débarque et que Katie commence à réécrire son histoire, ça devient bien plus intéressant. La fuite en avant du personnage s’accélère progressivement vers une catastrophe annoncée. Pour la peine, j’ai trouvé que tout ça se terminait un peu trop bien. Sur le plan formel, Bryan Lee O’Malley est toujours aussi agréable à lire. La couleur lui réussit plutôt bien et il faut preuve d’inventivité sur quelques séquences. Au final, tout ça fait un récit peut-être pas indispensable et peut-être pas tout-à-fait à la hauteur de l’attente, mais tout de même très plaisant.

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The Stuff of Legend vol. 1: The Dark

L’histoire : Alors qu’il s’apprête à s’endormir, un jeune garçon est kidnappé par le croquemitaine. Tous ses jouets s’animent alors et décident de partir à la recherche du garçon dans le monde du sombre.

L’avis : Avec le résumé que je viens de vous pondre, vous allez sûrement penser que The Stuff of Legend est un gentil conte pour enfant, à la Toy Story. En fait, la comparaison avec Alice au pays des merveilles serait plus juste, sauf que le monde du croquemitaine est bien plus sombre et les batailles qui s’y déroulent bien plus violentes. Il s’agit donc, si ce n’est d’un livre pour adulte, au moins d’un ouvrage à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes.

De façon générale, le scénario est bien mené, avec beaucoup d’action et de suspense qui tiennent le lecteur en haleine. J’ai surtout beaucoup apprécié la transformation des jouets lors de leur passage du monde réel au monde fantastique. L’ours en peluche devient un animal féroce, le bouffon dans sa boite devient un acrobate maniant la hache avec dextérité, le soldat de plomb utilise l’expérience des batailles qu’il a mené dans ses jeux avec l’enfant pour diriger avec autorité sa troupe. La façon dont le croquemitaine exploite la peur du cochon tirelire de se voir un jour fracassé par l’enfant est également très bien vue. Quant au petit chien, il subit le racisme des jouets, qui ne le considèrent pas comme l’un des leurs et jalousent l’affection que l’enfant a pour lui. Là encore, le concept de départ sur lequel repose le récit est très bien exploité.

Pour certains, l’attrait principal de The Stuff of Legend résidera dans le dessin. Il faut dire que Charles Paul Wilson III est assez bluffant et nous propose un quasi sans faute. Le trait est juste, les détails soignés et les personnages superbement expressifs. La monochromie tout en tons sépia est splendide et donne à l’ensemble un caractère un peu daté, sachant que l’histoire se déroule dans les années 40. Vraiment, il s’agit d’un travail remarquable.

La seule chose qui me retient d’accorder un de mes rares A+ à The Stuff of Legend, c’est qu’il manque peut-être une pointe d’excellence dans les dialogues et qu’il s’agit d’un chapitre introductif qui m’a laissé un peu sur ma faim. La suite étant déjà bien entamée par les auteurs, ce second point devrait vite être résolu. En tout cas, il s’agit clairement d’une de mes meilleures lectures de l’année.

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Flight vol. 6

Pour la première fois, Flight déçoit. La recette n’a pourtant pas changé, mais je n’ai cette fois pas trouvé mon compte au milieu de cette collection d’histoires courtes (quoique certaines moins courtes que d’autres, et pas forcément les meilleures).

L’ouvrage démarre par l’habituelle Saga of Rex de Michel Gagné. Je sais que certains sont fans. Personnellement, je trouve un peu ennuyeux à la longue cette épopée SF mystico-romantique. Qu’à cela ne tienne, la suite est beaucoup plus réjouissante. JP Ahonen, comme dans le tome précédent, fournit une des meilleures histoires, cette fois celle, hilarante, d’un ninja au chômage. Suis un épisode de Daisy Kutter de Kazu Kibuishi, puis une nouvelle tranche de rigolade par Graham Annable, suivi d’un western sans grand scénario mais bien foutu par le français Rodolphe Guenoden.

Ça, c’était le pain blanc. A partir de là, je me suis royalement ennuyé. Ça commence par un micro-épisode de SF sans intérêt. Ensuite viennent 42 pages d’une poésie laborieuse même pas jolie à regarder, servie par Cory Godbey. La contribution suivante est mieux illustrée, mais tout aussi insipide. Il y a un petit mieux avec le Kidnapped de Rad Sechrist, puis suivent six histoires pour l’essentiel destinées aux enfants et globalement sans grand intérêt.

Au final, si on fait le compte, ça fait un gros quart de l’ouvrage réellement enthousiasmant. Trop peu pour que j’achète le prochain tome les yeux fermés, comme ça a toujours été le cas jusqu’ici pour les Flight.

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Asterios Polyp

L’histoire : Asterios Polyp se laisse dépérir dans son appartement new-yorkais jusqu’au jour où la foudre enflamme l’immeuble. Prenant à peine le temps de sauver un briquet, une montre et un couteau suisse, Asterios s’enfuit et décide de prendre le premier bus vers nul part. De là, il réexaminera son passé, ses bonheurs et ses erreurs.

L’avis : Je sens en démarrant cette critique qu’il va être difficile pour moi d’exprimer tout le génie que David Mazzucchelli a déversé dans cette œuvre. Asterios Polyp est avant tout un tour de force narratif. L’inventivité dont fait preuve l’auteur est totalement incroyable. Il passe son temps à sortir des codes établis pour proposer quelque chose de nouveau qui, à chaque fois, est une démonstration de ce qui différencie la bande-dessinée des autres formats d’expression. Plusieurs planches, par exemple, se réduisent à une ou deux phrases qui appellent une idée, un concept, immédiatement développé par quelques dessins qui donnent quasi-instantanément une profondeur à la phrase telle qu’il aurait fallu des pages de prose pour y arriver. D’autres planches, les plus nombreuses, proposent une narration plus séquentielle, donc plus classique, mais, là aussi, Mazzucchelli propose dans un style élégant et épuré des moments tout à fait savoureux. Tel que je viens de présenter la chose, on pourrait penser qu’Asterios Polyp est un pur exercice formel, mais ce serait ne pas reconnaitre toute la palette des émotions que l’histoire véhicule. C’est surtout vrai en ce qui concerne les relations entre Asterios et sa femme, mais chaque personnage apporte beaucoup. L’usage de la couleur pour transmettre les émotions, les personnalités et les ambiances est d’ailleurs totalement exceptionnel. Il y aurait tellement d’autres choses à dire, sur les réflexions de l’auteur sur la mémoire et la perception, par exemple, ou encore sur le dualisme de la pensée d’Asterios, mais je sens que je risque de me perdre dans une critique hermétique. J’arrête donc là et je conclus en disant qu’Asterios Polyp est un petit chef d’oeuvre ambitieux, qui stimule l’intellect tout en restant étonnamment accessible et qui ravira les vrais amoureux de la BD.

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Flight vol. 5

Cinquième opus du recueil d’histoires courtes édité par Kazu Kibuishi. Comme d’habitude, une collection d’artistes, principalement d’Amérique du Nord, mais pas seulement (il y a même plusieurs français), proposent un florilège de bande-dessinée tout-à-fait intéressant. Les meilleures contributions sont souvent les plus longues. Sans entrer dans le détail, je citerai juste celles de Tony Cliff, Reagan Lodge, Sonny Liew et JP Ahomen parmi mes préférées. Je vous renvoie au lien ci-dessous pour voir de quoi il s’agit. Autour de ces grosses pépites, on trouve plusieurs essais de style, souvent très beaux à regarder, mais pas toujours au service d’un scénario substantiel. C’est un peu habituel dans les Flight et dans les anthologies en général. Je ne m’en plains pas. En revanche, j’ai un peu regretté la couleur très naïve de certaines contributions clairement orientées vers les enfants. Les histoires de Dave Roman et Kean Soo en sont les meilleurs (pire ?) exemples. Ca n’a rien de surprenant venant de Kazu Kibuishi, très porté vers ce genre de chose. Je vous avais déjà parlé de Amulet. Il a également commencé à éditer une série parallèle à Flight, intitulée Flight Explorer, et destinée au plus jeunes. Je m’attendais donc à voir la série mère se focaliser sur des récits plus adultes et ce n’est pas le cas. C’est un peu dommage. Malgré tout, Flight continue à offrir de très bons moments et je ne boude pas complètement mon plaisir.

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