100 Bullets: The Deluxe Edition Book 5

Le pitch : La confrontation finale entre Graves, qui a bien du mal à tenir ses Minutemen, et les différentes familles du Trust, qui s’entredéchirent.

L’avis : Voici enfin venue la conclusion de ce qui est sans aucun doute un des polars de référence du comics américain. Malheureusement, en ce qui me concerne, elle s’avère relativement décevante. Ce que je redoutais en conclusion de ma critique du tome précédent s’est pleinement réalisé. Azzarello jongle avec une flopée de personnages dont il est de plus en plus difficile de savoir quel rôles ils ont dans l’histoire. Le moins que l’ont puisse dire, c’est que le scénariste ne cherche pas à faciliter le travail du lecteur. Or, même si j’aime les histoires complexes, mon principe est que si je suis obligé de prendre des notes pour m’y retrouver, c’est que le scénariste a mal fait son travail. Donc, pendant l’essentiel de l’ouvrage, je me suis retrouvé dans la situation assez inconfortable d’apprécier les détails de ce que je lisais – car il y a indubitablement des moments de brillance dans ce cinquième tome – tout en n’ayant qu’une vision très floue du tableau complet. En outre, j’ai trouvé la conclusion sans finesse. Les personnages tombent les uns après les autres comme des dominos mal rangés. Sur le dernier épisode, même Eduardo Risso semble peu inspiré, alors qu’il est exemplaire par ailleurs. Au final, 100 Bullets m’aura totalement enthousiasmé pendant trois tomes et demi, soit tout de même environ 70 épisodes, ce qui n’est pas rien et qui justifie en soi la réputation de la série. Puis, elle m’aura perdu en cours de route sans même m’offrir la jolie pirouette finale que j’attendais. Dommage !

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100 Bullets: The Deluxe Edition Book 4

Le pitch : Les Minutemen se reconstituent par factions. Les antagonismes entre eux dont Graves est le vecteur principal font des étincelles et quelques victimes.

L’avis : Ce volume regroupe les épisodes 59 à 80 et on sent qu’on est à un tournant de la série. Le concept du début qui mettait des individus face au choix de se venger en toute impunité a complètement laissé la place à l’intrigue de fond concernant le conflit entre Graves et les familles du Trust. Les éléments du puzzle s’imbriquent peu à peu et on sent qu’on s’achemine vers la résolution. La difficulté, c’est qu’à mesure que les Minutemen se reforment, le nombre de personnages augmente, leur histoire, leur rôle et leurs relations réciproques deviennent très difficile à suivre. C’est d’autant plus vrai que Brian Azzarello adore, comme à son habitude, les faire discuter au travers de dialogues sophistiqués et pas toujours univoques. En conséquence, j’avoue que les deux ou trois derniers épisodes m’ont un peu perdu. Côté dessin, Eduardo Risso est toujours fermement installé aux manettes. La seule chose qu’on puisse lui reprocher, c’est de ne pas réussir à rendre tous ses personnages clairement identifiables, ce qui rajoute une difficulté supplémentaire à la compréhension du scénario. Bref, ce quatrième volume ne m’a pas autant emballé que les précédents. Ça reste dans l’ensemble de très bon niveau, mais je m’inquiète un peu pour la suite. J’espère que l’histoire n’est pas en train de dérailler à force de trop grande convolution. Réponse bientôt dans quelques moi avec le tome final.

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100 Bullets: The Deluxe Edition Book 3

Le pitch : Les pièces du puzzle formé par le Trust et les Minutemen commencent à se mettre en place.

L’avis : Tout comme avec les premier et deuxième volumes, 100 Bullets est à la hauteur de sa réputation. Plus ça va, plus l’intrigue générale tournant autour des relations entre le Trust et les Minutemen, avec Graves et Shepherd en points d’articulation principaux, prend de la place. Le gimmick de la mallette avec le flingue et les cents balles intraçables n’est plus là qu’en pointillé. La longueur des arcs a plutôt tendance à s’allonger, il me semble. En tout cas, la lecture se complexifie un peu dans la mesure où on se demande souvent quel est la place de chacun des personnages dans l’intrigue. Comme d’habitude, le script brille de par les qualités de dialoguiste de Brian Azzarello. Parfois, c’est tellement virtuose que ça empiète un peu sur le réalisme, mais ça serait chipoter, car, dans l’ensemble, c’est un bonheur à lire. Azzarello arrive également à donner beaucoup d’âme à certains de ses personnages secondaires. Je pense notamment à ce trompettiste de Jazz dont le sort prend vraiment aux tripes. Côté graphique, Eduardo Risso ne laisse sa place à personne, ce qui est une très bonne chose. Alors, bien entendu, il y a des épisodes où on sent bien que, pris par le temps, le traits est moins précis, plus vite expédié, mais certaines planches sont fabuleuses et, là encore, ce serait faire la fine bouche que de se plaindre. Bref, je continue à me régaler et j’attends impatiemment la suite.

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100 Bullets: The Deluxe Edition Book 2

Le pitch : L’agent Graves continue de distribuer ses mallettes à des individus en mal de vengeance et fait monter la pression sur le Trust par la même occasion.

L’avis : Un second volume à la hauteur du premier. Au fil des histoires qui s’enchainent, on commence à mieux connaître l’histoire qui lie Graves au Trust, même si de nombreuses zones d’ombre subsistent. C’est violent, sexy, mystérieux et diablement bien construit du point de vue narratif avec des dialogues de haute volée. Eduardo Risso n’est pas d’une constance absolue, mais ça varie entre le très bon et l’excellent. Qui pourrait bien se plaindre ? La longueur des histoires varient, avec des one-shot récurrents (le détective à Paris) et des récits plus longs, la palme allant à la dernière histoire avec ses 120 pages. Cette dernière est un polar noir à la facture assez classique, passionnant mais aussi un peu frustrant, car j’ai eu le sentiment tout le long de ma lecture qu’elle allait nous révéler une carte majeure du mystère 100 bullets. Or, ce n’est pas le cas. C’est un bémol tout-à-fait mineur cela dit. J’attends avec impatience la suite.

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100 Bullets: The Deluxe Edition Book 1

Le pitch : L’agent Graves offre à des individus apparemment isolés la possibilité de se venger en toute impunité de ceux qui leur ont fait du tort. Pour cela, il leur offre un attaché-case contenant les preuves irréfutables de la culpabilité de leur cible, un Smith & Wesson et cent balles qui, si elles sont retrouvées sur le lieu du crime, mettront un terme à toute enquête.

L’avis : 100 bullets et moi, c’est un peu l’histoire d’un rendez-vous manqué. J’ai acheté le premier numéro lorsqu’il est sorti en 1999 et je n’ai pas donné suite. Pourtant, j’étais plutôt client du concept de départ et j’avais apprécié le travail de Risso au dessin, mais j’avais trouvé l’intrigue peu à mon goût (l’ex-racaille au grand cœur qui sort du zonzon rongée par la culpabilité, etc.) et, surtout, j’avais été repoussé par les dialogues, très typés du milieu de la petite délinquance porto-ricaine et franchement indigestes. Plus tard, j’avais essayé de reprendre la série en court de route, mais il me manquait trop de billes pour apprécier. Puis, après avoir envisagé d’acheter les TPB, j’ai finalement décidé d’attendre la sortie d’une version luxe, ce qui a finit par arriver sous la forme de ces jolis hardcovers, annoncés au nombre de cinq.

Alors, treize ans plus tard, qu’en est-il de cette nouvelle rencontre avec la série ? Et bien, très clairement, je pense que mon impression initiale était justifiée. Le premier arc de 100 bullets, en tout cas le premier épisode, n’est pas à la hauteur de la réputation de la série. Il a le mérite de mettre en place les personnages principaux et ça se lit plutôt bien, mais ce qui suit est bien meilleur. Certaines vengeances sont autrement plus intéressantes. Petit à petit, on voit apparaître le fil rouge de l’histoire sous la forme des relations obscures entre Graves et une corporation secrète dont on ne sait pas grand chose pour l’instant. Et puis, même si Brian Azzarello est parfois difficile à lire lorsqu’il fait parler certains personnages au langage « fleuri », c’est véritablement un excellent dialoguiste. Côté dessin, Eduardo Risso explose littéralement au fil des épisodes. Ses mises en pages et la justesse de son trait réservent des moments de pur bonheur. Rien que pour son travail, la série mérite largement le détour. Me voilà donc maintenant prêt à aller jusqu’au bout de l’histoire. Plus question de rater un des quatre rendez-vous qui me restent avec elle.

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Noir

Cela faisait un moment que je ne m’étais pas mis une anthologie sous la dent, mais difficile de résister à ce recueil proposé par Dark Horse, non seulement parce qu’il s’agit de polar noir, un genre que j’apprécie particulièrement, mais surtout à cause de l’impressionnante brochette d’artistes impliqués dans l’affaire.

L’ouvrage commence d’ailleurs très fort avec un morceau de Stray Bullets par David Lapham. C’est intense comme aux grands jours de cette série mythique et on ne peut que se demander pourquoi elle est en hiatus depuis si longtemps. La conclusion est également réjouissante grâce au clin d’œil final de Brian Azzarello à DC Comics et au dessin toujours délicieux des frères Bá et Moon. Entre ces deux pièces, les contributions sont globalement satisfaisantes. Je ne taxerai pas le recueil d’inégal, car on ne peut pas dire qu’il y ait de vilains petits canards au milieu de l’ensemble, mais certaines perles brillent moins qu’elles ne devraient. Même le Criminal de Brubaker et Philips, pourtant dans un noir et blanc qui lui sied parfaitement, se termine trop vite. C’est d’ailleurs le reproche qu’on peut faire à beaucoup des histoires qui composent l’ouvrage : elles laissent un goût de trop peu en bouche. Restent quelques bonnes raisons d’acheter : les dessins splendides de Kano, la narration osée d’Alex de Campi, des découvertes intéressantes, comme les frères Fillbäch ou encore Hugo Petrus, et j’en passe.

Au final, je dirais qu’il ne s’agit probablement pas d’une lecture indispensable, mais je recommande sans hésiter aux fans du genre ce sombre mille-feuille imbibée de meurtre. Ils devraient y trouver leur compte.

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Loveless vol. 3: Blackwater Falls

L’histoire : L’ensemble des protagonistes ayant convergé vers la ville de Blackwater se confrontent les uns aux autres. La rencontre s’avère explosive.

L’avis : Lorsque le premier tome de Loveless est sorti, j’ai été emballé par ce western brutal, à la narration complexe, servi par un Marcello Frusin parfaitement employé dans ce type d’histoire. Après la lecture du second tome, l’enthousiasme est très nettement retombé. La narration est passée de complexe à obscure et la transition entre Frusin et Dell’Edera au dessin m’a fait l’impression d’une grosse pilule qui reste entre la gorge. Je pense ne pas avoir été le seul dans ce cas, car la série a vite perdu ses lecteurs et a été prématurément arrêtée. Malgré tout, l’histoire n’était pas sans mérite, bien au contraire, et j’étais heureux de voir Vertigo publier un troisième TPB version king size (224 pages), permettant ainsi à la série d’être reliée dans son intégralité. Je suis d’autant plus heureux qu’après avoir lu l’ouvrage, je considère finalement Loveless comme une série qui mérite largement le détour. Certes, la narration d’Azzarello est loin d’être limpide par moment. Il n’a pas forcément été aidé sur ce registre par ses dessinateurs, qui semblent avoir eu du mal à créer des personnages facilement distinguables. Mais la série comporte des moments brillants, notamment au travers de ses dialogues, et laisse au final une impression forte.

Ce troisième tome est à l’image de l’impression d’ensemble. Il se compose d’une partie centrale, en six épisodes, racontant la chute de Blackwater. Tout n’est pas très clair encore une fois, mais le récit conclut de façon satisfaisante une histoire de vengeance finalement assez classique. Ma première réaction passée, j’ai trouvé Werther Dell’Edera plutôt efficace, même s’il pâlit en comparaison avec Daniel Zezelj. Ce dernier, justement, illustre les six autres épisodes, trois en introduction, trois en épilogue. Son style est comme à son habitude très particulier. Certains lecteurs détestent. Personnellement, je trouve que ses mises en pages sont remarquables, son encrage très bien maitrisé à défaut d’être subtil et il y a une certaine qualité hypnotique qui se dégage de tout ça. Comme si la qualité du dessin ne suffisait pas, il se trouve que les six épisodes sont des histoires relativement indépendantes pour lesquelles j’ai trouvé Brian Azzarello particulièrement inspiré. Certains épisodes sont même de petites gemmes, avec un belle qualité émotionnelle. Tout cela rachète bien les faiblesses notées plus tôt. Bref, si vous aimez les westerns qui ne font pas dans la dentelle et que vous avez un solide niveau d’anglais, ne passez pas à côté de Loveless.

Pour voir : Danijel Zezelj et Werther Dell’edera, tout deux sur des épisodes du vol. 2.
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Doctor 13: Architecture & Mortality

L’histoire : Dr. Thirteen n’est pas un super-héro, mais un scientifique, rationnel jusqu’au bout des ongles. Pas facile lorsqu’on vit dans l’univers DC, remplis non seulement d’hommes en collant aux pouvoirs surnaturels, mais aussi de spectres ou autres énergumènes du même genre. Pour la peine, le scepticisme légendaire de Dr. Thirteen est mis à rude épreuve dans cette aventure déjantée. En effet, il va progressivement rencontrer et fédérer autour de lui deux fantômes, un vampire, un garçon qui peut répondre à toutes les questions pour un penny, un homme préhistorique qui parle français, un gorille-vampire nazi, et j’en oublie. La troupe va combattre un quatuor d’architectes (certains reconnaîtront le scénariste Grant Morrison parmi eux) qui veulent effacer la réalité pour en reconstruire une nouvelle.

L’avis : L’histoire est une parabole sur la tendance des univers de super-héros à réécrire leur histoire dans des séries évènementielles type Crisis et à faire disparaître au passage des personnages devenus ringards ou impopulaires. Les protagonistes, y compris Dr. Thirteen, sont d’ailleurs une collection de personnages mis au placard par DC depuis des lustres. C’est assez brillamment écrit par Brian Azzarello et la fin est parfaite. Au delà des références à la mécanique des univers de super-héros, que seuls les initiés comprendront, on ne s’ennuie pas dans cette histoire complètement barrée et franchement hilarante par moment. Ca faisait un moment que je ne m’étais pas marré comme ça en lisant un comics. Seul bémol à mon plaisir : plusieurs personnages parlent avec des accents (allemands, espagnols ou anglais) à couper au couteau. Ma lecture s’est transformée en activité de déchiffrage phonétique un peu trop souvent à mon goût. C’est la raison principale pour laquelle cette série voit son A minoré d’un -.

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