Conan vol. 13: Queen of the Black Coast

Le pitch : Conan échappe par la mer à la justice de la cité d’Argos et tombe rapidement sur le vaisseau puis dans les bras de Bêlit, redoutable reine pirate.

L’avis : Autant le dire d’entrée, je ne suis pas particulièrement fan de Conan. Malgré cela, Dark Horse a réussi à me faire acheter quatre TPB lorsque Kurt Busiek et Cary Nord ont repris le personnage en main il y a déjà quelques années. J’ai fini par me lasser, sans surprise. La série est passée de mains en mains et voilà qu’ils me refont le coup du tandem d’auteurs auquel il est difficile de résister, en l’occurrence Brian Wood et Becky Cloonan.

De fait, je n’ai pas été déçu par cette nouvelle collaboration entre les deux compères. Brian Wood est visiblement très à l’aise avec le personnage. Il nous donne accès à son ressenti au travers d’une voix off très présente, comme il sait bien le faire, avec des émotions plutôt inhabituelles chez ce Conan encore jeune, comme la peur et la passion amoureuse. Becky Cloonan, que je n’aurais a priori pas trop vu sur ce titre, illustre tout ça avec beaucoup d’énergie mais aussi de finesse, montrant encore une fois ses qualités d’artiste protéiforme. Rajoutez à ça les couleurs splendides de Dave Stewart et vous avez un trio gagnant. Sur la seconde moitié du bouquin, c’est James Harren, déjà aperçu sur B.P.R.D., qui reprend le flambeau. C’est moins fin, plus brutal que Becky Cloonan, mais ce n’est pas vraiment un problème, car le scénario fait la part belle à la violence.

A défaut d’être véritablement original, tout ça fait une très bonne lecture que je vais très probablement prolonger d’un tome pour conclure l’histoire avec Bêlit. Ensuite, rien n’est moins sûr, car, quand-même, ça reste du Conan.

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Northlanders vol. 7: The Icelandic Trilogy

Le pitch : Les quatre premiers siècles de l’histoire islandaise vus au travers du destin d’une famille et d’un clan.

L’avis : Pour le dernier tome de la série, Brian Wood se voulait ambitieux en racontant l’histoire de l’Islande dans le cadre d’une trilogie couvrant trois générations. On assiste d’abord à l’installation d’une famille fuyant la monarchie norvégienne, puis à l’arrivée du christianisme, puis à la fin de la logique des clans pour aller vers une société plus globale et politisée. Tout ça est fort intéressant d’un certain point de vue et Brian Wood arrive par moment à rendre son récit accrocheur en s’appuyant sur des personnages bien campés. Malheureusement, le récit est inégal. Entre deux bons moments, je me suis surpris parfois à m’ennuyer et, comme parfois avec Wood, certains ressorts du scénario manque cruellement de finesse. Les dernières pages forment une belle conclusion à ce volume particulier et à la série en générale, cela dit.

Côté dessin, trois actes égal trois dessinateurs dont aucun ne démérite, ni ne brille. Paul Azaceta fait du bon boulot, mais est moins précis dans l’exécution que ce qu’il a pu faire sur B.P.R.D., par exemple. Sur le second acte, Declan Shalvey m’a fait une forte première impression, mais ne m’a pas plus emballé que ça au final, la faute à un certain manque de subtilité dans l’expression des personnages. Enfin, Danijel Zezelj assure, comme d’habitude, mais on l’a vu plus inspiré.

Bref, tout ça ne fait pas une mauvaise lecture, mais c’est loin d’être un bouquet final. En fait, ce dernier tome est à l’image de la série dans son ensemble, et même plus généralement du travail de Brian Wood, brillant par moment dans l’écriture, mais souvent inégal. Il faut croire que les moments de brillance surpassent le reste, car il fort probable que je le suive sur les aventures d’un autre barbare, j’ai nommé le Conan qu’il a repris chez Dark Horse. Je dis ça, mais j’avais prévu de suivre The Massive après l’arrêt de DMZ et je ne l’ai pas fait. Qui vivra verra…

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DMZ vol. 12: The Five Nations of New York

Le pitch : Tandis que Manhattan se reconstruit et se réorganise, Matty termine son rôle de témoin avant d’affronter les conséquences de ses actes.

L’avis : Voici donc le dernier des douze tomes qui regroupent les 72 épisodes de DMZ. A notre époque, une série sans bonhomme à collant de cette longévité devient rare. Rien que pour ça, Brian Wood mérite qu’on lui tire son chapeau. Une autre source de satisfaction, c’est qu’il fournit une fin bien exécutée, avec un rythme adapté, plus apaisé, et un épilogue réussi. Pour ce chapitre final, Riccardo Burchielli se charge de l’ensemble des illustrations, ce qui confirme son implication et son empreinte sur la série. Même si les nombreux dessinateurs invités n’ont jamais vraiment démérité, DMZ, c’est Burchielli avant tout. Donc, globalement, j’ai trouvé que cette conclusion ne décevait pas, malgré les doutes que je vais exprimer plus bas. Elle est à l’image d’une série qui se sera maintenue à un niveau de qualité quasi-constant. Je me suis amusé à regarder les notes que j’ai attribué à l’ensemble des tomes que j’ai chroniqués, c’est-à-dire tous depuis le vol. 3. Résultat : un A-, tout le reste en B+. Si j’avais chroniqué les deux premiers, il est probable que le vol. 1 aurait reçu un A, tellement j’avais été emballé par l’entame de l’histoire. En tout cas, cette notation reflète bien mon impression globale. DMZ aura été une série intéressante de bout en bout, globalement très bien écrite, mais avec toujours quelques bémols pour modérer mon enthousiasme. Ce que je lui reproche le plus au fond, c’est quelques ressorts scénaristiques trop appuyés et parfois à la limite de la crédibilité. Je m’explique dans le paragraphe suivant. Attention, je vais y dévoiler nombres d’évènements cruciaux dans la série, y compris ceux du dernier tome. Donc, si vous ne voulez pas que je vous gâche le plaisir de la lecture, passez directement à la conclusion.

En ce qui concerne les cinq ou six premiers tomes de la série, les bémols à mon enthousiasme était de l’ordre du détail. Outre quelques baisses de régime du dessin dues au rythme de la parution mensuelle, je trouvais parfois que certaines scènes manquaient de nuances, mais rien de vraiment dérangeant. Brian Wood nous racontait essentiellement l’histoire d’un journaliste de terrain qui cherchait à retranscrire le plus justement possible et avec le plus d’indépendance possible la vie en zone de guerre et l’influence de la politique sur tout ça. L’atmosphère de Manhattan en guerre et toutes une galerie de protagonistes se mettaient en place au passage. L’entrée en jeu de Parco Delgado dans le vol. 6 change la donne. Matty, fasciné par le charisme et les idées de l’homme, commence à abandonner la neutralité qu’il essayait de préserver jusqu’ici. Ce sixième tome, peut-être le meilleur de la série après le premier, introduit une véritable rupture à partir de laquelle j’ai eu un peu de mal avec une série d’évènements. Tout d’abord, il y a eu cette absence de progressivité dans la transition entre Matty le journaliste et Matty le caïd, armé, fidèle à Parco au point de mouiller dans le trafic d’arme nucléaire. Même si Brain Wood arrive à donner une logique à cette transition, j’ai eu un peu de mal à l’intégrer dès la fin du vol. 7. Je pense que ça serait passé sans cet épisode du vol. 8 où Matty, furieux, battu et à moitié stone ordonne à ses troupes de tirer sur un groupe dont il n’est même pas certain de l’identité. A mon avis, cet épisode était inutile. S’il s’agissait de plonger Matty dans la culpabilité la plus profonde pour qu’il en ressorte transformé, Brian Wood aurait pu jouer autour de sa complicité dans l’affaire de la bombe. Même si l’explosion est déclenchée par l’armée US pour légitimer leur intervention armée, il y avait largement de quoi provoquer une remise en question de Matty. En tout cas, j’ai trouvé que la psychologie du personnage a beaucoup souffert, en termes de crédibilité, de cet élément du scénario. Plus tard, dans le vol. 11, c’est la façon dont Matty négocie le sauvetage de Parco qui m’a un peu gêné. La façon dont, à lui seul, il tord le bras au président des États-Unis est limite crédible. Idem dans ce dernier tome pour les quinze jours de délai qu’il arrive à obtenir pour écrire son bouquin avant de se laisser inculper pour crime contre l’humanité. C’est un peu fort de café. Selon quelle logique ceux qui veulent le faire payer lui accorderait cette possibilité, sachant que le bouquin en question ne fera qu’augmenter son statut de martyr ? Et d’ailleurs, il aurait semblé plus rationnel que le vainqueur de la guerre fasse tout pour apaiser les tensions plutôt que de faire passer un journaliste, même activiste, en cour martiale et de l’enfermer à vie (tout en ayant la magnanimité de ne pas l’exécuter). L’impact du sacrifice expiatoire de Matty n’a pas été aussi fort que ce qu’il aurait pu être pour moi à cause de cette nouvelle aspérité dans un scénario par ailleurs bien construit.

Bref, tout ça fait beaucoup d’incohérences dans un scénario, même de 72 épisodes. Pourtant, je dis plutôt du bien de la série, ce qui peut ne pas sembler très cohérent non plus. C’est simplement parce que, dans l’ensemble, j’ai aimé le concept de cette série mixant guerre, journalisme, politique et humanité, avec ses personnages et ses moments forts. J’ai aussi beaucoup aimé la qualité d’écriture de Brian Wood, qui reste pour moi un auteur de talent, malgré les choix discutables dont j’ai parlé. DMZ ne me laissera certainement pas un souvenir à la hauteur de Scalped, Transmetropolitan, ou même Preacher, mais je la classe volontiers dans la catégorie des succès de Vertigo, à recommander.

Pour voir : Pas de preview pour ce tome en particulier, mais je vous renvoie aux tomes précédents
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DMZ vol. 11: Free States Rising

Chronique post-estivale express : Après le déluge de feu du tome précédent, Brian Wood développe le chapitre final du conflit armé à Manhattan. En préambule, on a le droit à deux épisodes racontant les origines du chef des Free States. L’individu ayant été assez mystérieux jusqu’ici, c’est forcément intéressant de savoir d’où il vient. Et comme c’est illustré par le toujours très bon Shawn Martinbrough, cela donne une très bonne entame à l’ouvrage. L’histoire de ce personnage se clôt dans la suite du récit, qui est bien entendu centrée bien entendu sur Matty. Celui-ci doit faire un certain nombre de choix moraux qui vont impacter non seulement ses amis, mais aussi, plus globalement, la résolution de la guerre entre l’armée régulière et celle des Free States. Tout ça est solidement écrit et illustré, même si j’ai trouvé la façon dont Matty est au centre des évènements à la limite du crédible. Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’histoire, mais je reviendrai sur ce point dans ma critique du tome final qui sera l’occasion de donner un point de vue global sur la série. Enfin, dans le dernier épisode, Zee revient sur sa vie au sein de la DMZ et s’interroge sur son devenir. Les fans du personnage apprécieront forcément. A très bientôt pour le dernier tome de DMZ.

Pour voir : Le travail de Shawn Martinbrough et Riccardo Burchielli
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Northlanders vol. 5: Metal and Other Stories

L’histoire : Le capitaine d’un navire marchand cherche à découvrir de nouveaux territoires ; un forgeron part en croisade contre les missionnaires chrétiens et pour les beaux yeux de sa belle ; un vieil homme découvre le corps d’une jeune fille inconnue dans un lac gelé.

L’avis : Ce nouvel opus de Northlanders commence plutôt bien par une histoire courte en un seul épisode. On y suit le capitaine d’un navire marchand qui se sent stagner dans les limites du commerce qu’il a l’habitude de pratiquer. Pris d’un désir d’aventure, il va entrainer son équipage dans un voyage vers la folie et la mort autant que vers de nouveaux rivages. Le scénario ne manque pas d’intérêt et la mise en scène de Fiona Staples est intéressante. Une bonne mise en bouche, donc.

Le plat de résistance arrive sous la forme d’un récit à la Bonnie & Clyde qui a ses qualités et ses défauts. Tout ce qui concerne la main mise de la chrétienté sur les territoires viking et la façon dont les personnages réagissent, qu’ils accompagnent ou qu’ils s’opposent, donne du grain à moudre au lecteurs. Pour le reste, on a le droit à une dose de romance, de surnaturel (une première pour Northlanders) et de grosses bastons. Je suis un peu resté sur ma faim après la conclusion. Côté dessin, Burchielli semble moins à l’aise que sur DMZ. Ce n’est pas désagréable à lire, mais ça manque parfois de finesse (ok, on est dans un monde de vikings, mais tout de même).

Le meilleur arrive à la fin avec deux épisodes narrant l’histoire d’un vieil ermite qui découvre une jeune femme congelée dont il ignore tout, mais dont l’histoire va finir par le rattraper. Brian Wood réussi cette fois à brosser une histoire prenante, très bien écrite, avec une réelle qualité émotionnelle. Il est aidé en cela par Becky Cloonan, remarquable pour l’expressivité de ses personnages et la fluidité de sa narration. Très clairement une des meilleures histoires de la série jusqu’ici.

Le bilan de tout cela, c’est que Northlanders conserve son rang. Sans jamais faire un sans faute, la série nous livre de très bons moments de lecture. J’ai presque envie de dire que c’est ce qui caractérise la production de Brian Wood en général. Un auteur doué, rarement totalement satisfaisant, mais capable d’instant de brillance et c’est déjà pas mal.

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DMZ vol. 10: Collective Punishment

L’histoire : Cinq points de vue différents de la nuit où un déluge de bombes tombe sur la DMZ.

L’avis : Tout comme il l’avait fait pour le tome 5, Brian Wood nous offre un tome de transition constitué d’histoires courtes portant chacune sur un personnage différent. On retrouve d’ailleurs en partie les mêmes individus (Amina, Decade Later, Wilson) et les mêmes dessinateurs (Nathan Fox, Danijel Zezelj). La similitude entre les deux tomes est donc très forte, l’impression de lecture également. Brian Wood est très à l’aise avec ces portraits de personnages forts en caractère. Les dialogues et la voix off, souvent très présente, sont écrits avec beaucoup de justesse. Et puis, même s’il s’agit de récits indépendants, le fil rouge des bombes qui s’abattent sur la population de Manhattan donne à l’ensemble un vraie cohérence. Certains regretterons juste que la série n’avance pas pendant ce temps, mais je trouve personnellement que dans une série au long court comme DMZ, ce genre de pause se justifie. Côté dessin, les styles des cinq dessinateurs n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Aucun ne démérite vraiment, mais aucun ne sort vraiment du lot non plus, si ce n’est Zezelj que j’ai trouvé vraiment très inspiré. Au final, je trouve la qualité de ce tome dans la lignée des précédents. DMZ, sans être une de mes séries fétiche, reste une valeur sure sur la longueur et c’est déjà une belle réussite.

Pour voir : quelques pages de Danijel Zezelj
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Demo vol. 2

L’histoire : Celles de six jeunes adultes, chacun ayant une faculté hors du commun avec laquelle il ou elle doit composer.

L’avis : Si vous cherchez des informations sur Demo, vous tomberez certainement sur des résumés disant qu’il s’agit d’une série sur des jeunes adultes dotés de superpouvoirs, mais traitée de façon très réalistes, sorte de X-Men version indé. Il n’y a rien de moins vrai. Certes, c’était l’idée initiale de Brian Wood et Becky Cloonan, mais ils s’en sont très vite écartés. Dans bien des épisodes, le pouvoir en question n’est qu’un trait de personnalité, une névrose qui habite la vie des personnages. Ce second volume est à ce titre dans la lignée du premier.

Pas de surprise non plus en ce qui concerne les scénarios. Il s’agit avant de récits très introspectifs, souvent racontés à la première personne avec une certaine économie de mots. Brian Wood excelle dans ce genre d’exercice et je lui reconnais encore une fois de réelles qualités d’écriture. En revanche, sur le fond, c’est plus inégal. Si certaines histoires fonctionnent très bien, la dernière en particulier, d’autres m’ont laissé avec l’impression d’un certain manque de substance.

Cela dit, le plus gros atout des deux tomes de Demo est sans conteste le dessin de Becky Cloonan. Sur le premier tome, elle m’avait impressionné par sa versatilité, chaque histoire étant abordée dans un style bien différent des autres, avec parfois des emprunts au manga. Sur le volume 2, le style est plus resserré. Certes, il y a des nuances selon les épisodes, mais la ligne directrice est beaucoup plus marquée. Si on perd en variété, on gagne en qualité, et ce n’est pas peu dire, car la barre était déjà très haute sur le premier opus. Cette fois, j’ai carrément été ébloui par la qualité du trait de l’artiste, mais aussi par sa capacité à véhiculer les émotions des personnages. Vraiment du très, très beau travail.

Bref, encore une lecture très recommandable. Je ne vous garantis pas que tous les scénarios seront à votre goût, mais vous devriez tout de même trouver votre bonheur, ne serait-ce qu’au travers du dessin de Becky Cloonan.

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DMZ vol. 9: M.I.A.

L’histoire : Rongé par la culpabilité, Matty Toth s’impose une vie de paria dans un quartier quasi-abandonné du DMZ. Bientôt, il va découvrir les corps de deux pilotes d’hélicoptère, ce qui va lui redonner un but à suivre.

L’avis : Ce 9ème tome débute par le n° 50 de la série. Anniversaire oblige, une kyrielle d’artistes est invitée. Les « grands » noms (Jim Lee, Lee Bermejo, Philip Bond, Eduardo Risso, Dave Gibbons) se contentent de fournir une pin-up que Brian Wood agrémente d’un peu de prose. Les autres, parmi lesquels on compte Fabio Moon et John Paul Leon, illustrent des histoires trop courtes pour avoir un franc intérêt. Bref, c’est joli à regarder, mais ce n’était peut-être pas indispensable.

Passons pour reprendre le court de la série là où on l’avait laissé, c’est-à-dire avec Matty au fond du trou suite à une boulette de première catégorie dont je vais éviter de parler pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui sont à la bourre (ou qui lise la VF). Vous vous souviendrez juste que le comportement de Matty m’avait laissé pour le moins incrédule. La façon dont il rebondit dans ce tome n’est guère plus crédible, à vrai dire. On fera le bilan lorsque tout sera bouclé, mais, en ce qui me concerne, le gros point faible de DMZ réside dans la psychologie du personnage principal. Depuis deux ou trois tomes, Brian Wood lui fait prendre des décisions qui sortent parfois un peu de nul part. Comme ces décisions fournissent des rebondissements majeurs à l’histoire, c’est un peu gênant.

Tout ça est assez critique et vous vous demandez peut-être pourquoi je continue à accorder un B+ à cette série. Et bien tout simplement parce que, même si j’ai des réserves quant à la direction générale de le série, je continue à apprécier les qualités d’écriture et d’illustration qu’elle montre. La narration de Wood est efficace, sa prose prenante et ses dialogues sonnent justes. Quant à Riccardo Burchielli, il se montre cette fois encore inspiré et, plus rare chez lui, régulier. Aucune baisse de régime à signaler sur ce volume. Toutes ces qualités formelles font que je me suis fait plaisir encore une fois et c’est l’essentiel. La fin de ce tome semble remettre Matty sur les rails. J’espère juste maintenant qu’il fera preuve d’une personnalité plus cohérente jusqu’à la fin prochaine de la série.

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Northlanders vol. 4: The Plague Widow

L’histoire : En l’an 1020, quelque part sur le rivage de la Volga, une mère et sa fille tente de survivre dans un village Viking marqué à la fois par la rigueur de l’hiver russe, une épidémie ravageuse et des luttes intestines au sein du conseil des chefs.

L’avis : Certains ont désigné ce quatrième tome de Northlanders comme le meilleur de la série à cette date et j’ai bien cru être d’accord pendant une bonne partie de l’ouvrage. J’ai en effet particulièrement apprécié la façon dont Brian Wood met en place l’intrigue et positionnent ses personnages principaux. Les conditions difficiles de survie et les luttes d’influence au sein du village instillent fort habillement le sentiment que la marmite va finir par céder à la pression. C’est effectivement ce qui se passe au travers d’une explosion de violence à la façon viking, c’est-à-dire à la hache. La suite, en revanche, m’a moins convaincu. J’ai eu du mal à trouver crédibles certains des ressorts de l’histoire et le dernier épisode m’a profondément ennuyé, jusqu’à une conclusion sans grand intérêt. Bref, le scénario démarre très bien, puis le soufflet retombe.

Sur le plan graphique, en revanche, ce n’est que du bonheur. Lorsque j’ai découvert Leandro Fernandez sur Queen & Country, j’ai immédiatement été séduit par la qualité et le dynamisme de son trait, et tout ce que j’ai vu de lui depuis a confirmé mon impression initiale. Ici, en plus de ses qualités narratives, on peut apprécier le travail réalisé sur le design des vikings. Gunborg, le méchant de l’histoire, dégage en particulier une impression de puissance redoutable. L’environnement du village et la pression de l’hiver contribuent également au succès de la mise en scène.

Ce tome 4 représente donc une certaine déception au niveau scénaristique, mais cette faiblesse relative est compensée par la remarquable prestation du dessinateur. Au final, l’ouvrage reste largement recommandable.

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DMZ vol. 8: Hearts and Minds

L’histoire : Le parcours d’un des membres de la secte de mercenaires qui occupe l’Empire State Building, suivi des conséquences du choix fait par Matty Roth à la fin du dernier tome.

L’avis : Si vous allez faire un tour du côté de ma critique du dernier tome, vous verrez que mon impression de départ fut loin d’être bonne, la faute à un retournement de situation jugé brutal et peu crédible. Après relecture, j’ai finalement révisé mon jugement pour aborder la suite avec nettement plus d’optimisme. Alors, qu’en est-il ?

Ce tome 8 démarre très fort avec une histoire en trois épisodes complètement déconnectée de l’intrigue principale. On y suit Tony, un ex-flic ayant perdu sa famille lors de l’évacuation de Manhattan. Très rapidement, il se fit enrôler par un mystérieux groupe d’insurgés menant son petit monde à coup de thérapie de groupe et d’isolement sensoriel. Le scénario examine avec beaucoup d’adresse les mécanismes de l’endoctrinement mis en jeu par la secte et la façon dont ils exploitent la douleur de Tony. La narration est excellente et Ryan Kelly propose là un de ses meilleurs travaux à mon goût. Bref, c’est du très bon Brian Wood superbement illustré. Que demande le peuple ?

La suite du tome reprend l’histoire de Matty et, pour peu qu’on ait accepté le revirement opéré à la fin du tome précédent (je n’en dis pas plus pour ne spoiler personne), ça fonctionne très bien. Matty semble s’approprier ses nouvelles fonctions et la réaction des Etats-Unis au coup de poker de Delgado donne lieu à un suspens plutôt réussi. Et puis, arrivé à l’avant-dernier épisode, patatra, Brian Wood nous refait le coup du coup de théâtre totalement improbable. Matty prend une décision qui n’a ni queue, ni tête. Cette fois, il ne s’agit pas d’un choix politique, mais d’une réaction brutale à un évènement particulier (là, encore, je reste flou volontairement) qui ne s’accorde pas du tout à la personnalité de Matty telle qu’elle a été définie jusque là. Certains diront que c’était en partie dû au fait qu’il était défoncé, mais ce ne sont pas quelques buzzs et quelques beignes qui peuvent expliquer son geste. Je ne parle même pas des conséquences de sa décision, qui rendent le scénario encore moins crédible.

Vous l’aurez compris, j’ai globalement beaucoup aimé ce tome, au point où je pensais qu’il allait s’agir d’un des meilleurs de la série (ce qui justifie le B+), jusqu’à ce que le train du scénario ne déraille complètement. Les dernières pages ont beau nous laisser sur un cliffhanger réussi, j’ai toujours du mal à digérer le truc. DMZ va bientôt arriver à sa conclusion et j’espère sincèrement que tout ça aura du sens au final, mais, pour l’instant, je suis assez septique.

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