Empty Zone Vol. 1: Conversations With The Dead

Le pitch : Une mercenaire cyborg maniaco-dépressive est rattrapée par le lourd passé qu’elle traine depuis l’époque où elle faisait parti d’une troupe de soldats d’élite.

L’avis : Jason Shawn Alexander est un surdoué du dessin. Ca, on le savait déjà. Avec Empty Zone, j’étais curieux de voir ce qu’il allait donner au scénario et, ma foi, il s’en tire plutôt bien. Empty Zone, c’est du cyberpunk noir de chez glauque. Alexander soigne son monde post-apocalyptique et on se laisse facilement happer par l’ambiance. L’intrigue n’est pas mal non plus dans le sens où l’auteur avance habilement ses pièces pour dévoiler progressivement les dessous du mystère. Au-delà, ce n’est pas non plus d’une très grande originalité. L’héroïne torturée et sexy qui botte le cul de tout le monde, on a déjà vu ça ailleurs. Et puis Alexander le scénariste a quand-même un peu tendance à écrire pour faire plaisir à Alexander le dessinateur et ça se fait parfois un peu au détriment de l’histoire. Le bon côté dans tout ça, c’est que c’est assez délicieux à regarder. Certaines planches sont sublimes. Au final, j’ai beaucoup apprécié ce tome d’introduction. Reste à savoir si ça va tenir sur la longueur.

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Hellboy vol. 10: The Crooked Man and Others

L’histoire : Hellboy affronte différents démons, y compris celui qui l’habite, lors de différentes aventures.

L’avis : J’avoue avoir été très agréablement surpris par ce nouvel opus de Hellboy. Pourtant, il ne s’agit que d’un recueil d’histoires courtes parues de-ci, de-là, donc, a priori, rien d’essentiel. De plus, mis à part une histoire co-écrite par Joshua Dysart, Mignola officie seul au scénario. Or, j’ai souvent répété que Mignola gagnait à être secondé par un auteur plus habile que lui à construire ses scripts. C’est sur ce point en particulier que j’ai été le plus agréablement surpris.

Le cœur du volume est formé par The Crooked Man, une mini-série en trois épisodes dessinée par Richard Corben. J’avais déjà apprécié la collaboration entre les deux hommes dans le tome 7. Celle-ci est bien meilleure encore. Mignola propose un script maîtrisé et surtout parfaitement adapté aux forces de son dessinateur. Le résultat donne une histoire basée sur des éléments du folklore américain qui se lit d’une traite, avec une certaine légèreté, tout en ménageant des passages assez glauques. Le démon en particulier est assez effrayant. Corben s’éclate, et ça se sent. Bref, une belle réussite.

S’ensuit trois histoires plus courtes. La première met Hellboy face au fantôme de Barbe Noire. Le scénario est efficace et les dessins de Jason Shawn Alexander sublimes, comme d’habitude. La seconde voit le retour de Mignola en tant que scénariste/dessinateur. Pas étonnant donc que cette histoire ait donné le sentiment d’un certain « classicisme » au vieux lecteur que je suis. On a même le droit à un bon vieux BOOM! typiquement hellboyesque. Même si j’ai trouvé le retour aux sources plutôt agréable, c’est le segment de l’ouvrage que j’ai le moins aimé. La dernière histoire est vraiment très courte et a servi d’échauffement à Duncan Fegredo avant Darkness Calls. Il s’agit d’un simple cauchemars pour Hellboy, raconté en quelques pages pour le Free Comic Book Day avec très peu de dialogue, mais j’ai trouvé l’exercice de style remarquablement réussi. Une bien belle conclusion pour cette parenthèse de qualité, avant de retrouver le cours normal des aventures du démon rouge. Vivement !

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Abe Sapien: The Drowning

L’histoire : En 1880, un puissant sorcier-démon mourrait de la main d’un aventurier au large des côtes espagnoles. Un siècle plus tard, pour sa première mission en solo sans Hellboy, Abe Sapien se voit confier la tâche de récupérer le corps du sorcier et surtout la dague magique ayant permis de le terrasser.

L’avis : Nouvelle mini-série située dans l’univers Hellboy. Encore une, me direz-vous ? En effet, Mike Mignola est plutôt prolifique depuis qu’il a arrêté le dessin. Malheureusement, l’originalité n’est pas forcément au rendez-vous. Le scénario est de The Drowning ne réserve aucune surprise. Les inconditionnels de Mignola retrouveront avec plaisir sa capacité à mettre en scène un habile mélange d’horreur et d’occulte. A part ça, il faut bien dire que le scénario est assez plat. Abe Sapien est présenté ici peu sûr de lui, manquant d’expérience et écrasé par l’ombre d’Hellboy. C’est peut-être l’élément le plus original du scénario, mais j’avoue nettement préférer le personnage tel qu’il est dépeint dans B.P.R.D.. Au dessin, le très talentueux Jason Shawn Alexander donne plus de raisons de s’enthousiasmer. De son propre aveux dans les bonus du TPB, il a abordé le projet avec une certaine nervosité et ça se sent dans les premiers épisodes qui manquent parfois un peu de dynamisme. Ensuite, ça va mieux et, même s’il n’égale pas sa fantastique prestation sur The Escapists, Jason Shawn Alexander arrive à installer une ambiance ténébreuse et oppressante, aidé en cela par Dave Stewart aux couleurs. Au final, le dessin rachète presque les faiblesses du scénario. Une lecture peut-être pas indispensable, donc, mais qui vaut tout de même le détour.

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The Escapists

L’histoire : Maxwell Roth décide de racheter avec l’argent de son héritage les droits d’un vieux personnage de superhéros dont son père était fan. Avec une jeune dessinatrice rencontrée dans un ascenseur et son pote d’enfance au lettrage, il se met en tête de créer de nouvelles aventures pour le personnage et d’autoproduire la série. Contre toute attente, le succès est au rendez-vous, ce qui attire l’attention d’un géant du média américain qui voit là une manne financière à exploiter…

L’avis : Le pitch de la quatrième page de couverture dit que cet ouvrage est la lettre d’amour de Brian K. Vaughan au comics et je pense que c’est assez bien vu. C’est vrai qu’il transpire de cette histoire la passion que les auteurs peuvent avoir pour leur création. Cette énergie positive est en soit un des éléments appréciables de l’histoire. Au delà de ça, BKV s’est surpassé en termes de technique narrative. Il arrive à faire coexister l’histoire des auteurs et l’histoire de leurs personnages avec maestria, introduisant des parallélismes subtils et allant même dans une scène d’anthologie à substituer les dialogues des uns à ceux des autres. Un pur moment de bonheur que seul la BD peut offrir. Les dessinateurs ne sont pas en reste. Philip Bond pour le premier épisode et Steve Rolston pour le reste prennent en charge la partie dédiée aux auteurs dans un style à la Vertigo (faute de trouver un meilleur terme). Ils font du très beau travail, comme d’habitude, aidés par une belle mise en couleur tour le long. Mais la plus grosse claque vient de Jason Shown Alexander qui dessine les aventures du superhéro, dans un style radicalement différent, très noir-moderne (un peu à la Jae Lee). J’avais déjà adoré ce qu’il avait fait sur le volume 4 de Queen & Country, mais je ne l’attendais pas aussi excellent sur ce genre de prestation. Je recommande donc vivement The escapists. Les amateurs de comics indé y trouveront leur compte tout autant que les fans de superhéros. En tout cas, il est clair que cette BD rassurera ceux qui craignaient que BKV ne délaisse le comics maintenant qu’il est l’un des scénaristes de la série TV Lost. Il aime trop le médium pour l’abandonner, ça me paraît évident.

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