Animal Man vol. 1: The Hunt

Le pitch : De nos jours, Buddy Baker, alias Animal Man, est plus père de famille et acteur de film indépendant que super-héros. Mais sa petite fille, en montrant des aptitudes semblables et même supérieures aux siennes va changer radicalement la donne.

L’avis : Avant toute chose, je me dois de préciser que je n’ai jamais lu les aventures précédentes d’Animal Man, en particulier le fameux run de Grant Morrison. J’ai donc abordé cette histoire en toute naïveté et je dois bien dire que j’ai été très agréablement surpris. La surprise est d’autant plus forte que le bouquin est étiqueté DC Universe et que c’est du Vertigo pur jus. Vous me direz que c’est une demi-surprise puisque Jeff Lemire est au commande. Certes, mais tout de même, attendez vous à un récit d’horreur avec tout au plus une vague coloration super-héroïque.

Jeff Lemire met en place avec ce premier tome un univers glauque et violent, et ceci avec beaucoup d’efficacité dans la narration. Je pense qu’il est encore un peu tôt pour espérer que les éléments les plus métaphysiques de l’histoire soient pleins de potentiels, car, pour l’instant, ça se résume à une opposition assez manichéenne du bien contre le mal. En revanche, ce qui est beaucoup plus réjouissant et original, ce sont les visuels de Travel Foreman. Les scènes d’horreur sont vraiment très percutantes et tordues à souhait. Le soucis du détail est même tellement impressionnant qu’on lui pardonne quelques approximations sur l’encrage de certaines scènes plus banales (à moins que la faute n’incombe aux deux encreurs additionnels crédités en début d’ouvrage). A noter également que dans le dernier épisode le toujours excellent John Paul Leon met en image le début du film tourné par Buddy Baker. Je ne sais pas si on aura la suite, ce qui serait quelque part une histoire dans l’histoire, ou si c’est plus anecdotique, mais, en tout cas, j’ai beaucoup aimé aussi cette partie. Bref, tout ça fait une très belle entrée en matière pour Animal Man et j’espère que le crossover annoncé avec la nouvelle mouture de Swamp Thing tiendra toutes ses promesses.

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Ex Machina vol. 9: Ring Out the Old

L’histoire : Le passé de Mitchell Hundred refait surface à plusieurs titres et menace de ruiner son avenir politique. Au passage, l’origine de ses pouvoirs se dévoile.

L’avis : Après un tome un peu décevant, puis un bien moins bon encore, j’avais peur qu’Ex Machina ne soit sur la mauvaise pente. Heureusement, ce tome 9, dernier avant la conclusion, redresse très nettement la barre.

L’ouvrage démarre doucement sur une touche d’humour, puisque BKV et Tony Harris se mettent eux-même en scène en tant que créateurs de comics postulant à la réalisation de la biographie en image de Hundred. C’est l’occasion de quelques clins d’œil savoureux, avec une jolie pirouette de fin écrite par Garth Ennis et dessinée par Jim Lee.

Vient ensuite un numéro spécial dont j’ai eu un peu de mal à comprendre le sens dans le contexte général de la série, mais qui se lit fort bien et, surtout, qui bénéficie d’un travail remarquable de John Paul Leon au dessin. Ca fait la deuxième fois que le bonhomme excelle sur Ex Machina et il faut bien dire que la prestation de Tony Harris pâlit en comparaison, même si les deux dessinateurs ne jouent pas dans le même registre. Je ne suis pas aussi critique que certains sur l’utilisation à outrance que Harris fait de la référence photo, mais c’est vrai que certaines cases passent moins bien que d’autres. Il y a par exemple un moment où Kremlin jette une haltère sur son écran de télé qui est particulièrement mal foutue.

Les quatre épisodes suivants forment le cœur de l’ouvrage. Hundred doit faire face à une nouvelle menace, ce qui l’oblige à remettre les mains dans le cambouis (ou plutôt dans les égouts). Parallèlement, le plan de Kremlin commence à aboutir, balayant au passage une grosse partie du mystère entourant l’origine des pouvoirs de Hundred. Certains regretteront peut-être que ce qui faisait l’intérêt de la série au départ, c’est-à-dire les problématiques politiques et sociétales que devaient gérer le maire de NYC, est quasi-absent de l’histoire, mais, personnellement, j’ai trouvé le scénario captivant et prometteur d’un final palpitant. Je conseillerais donc à ceux qui ont lâché la série en cours de route ou qui s’apprêtaient à le faire de raccrocher leur wagon à ce stade pour pouvoir profiter pleinement de la conclusion.

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The Winter Men

L’histoire : Durant le guerre froide, l’URSS a mené un programme de super-soldats avec à sa tête The Hammer of Revolution, une icône aux pouvoirs extra-ordinaires. En parallèle, des agents des forces spéciales russes, équipés d’armures à haute force de feu, formaient les Red-11. Bien des années plus tard, dans une Russie gangrénée au plus haut niveau par la mafia, The Hammer a disparu et les quelques survivants des Red-11 se sont reconvertis, chacun dans un registre différent. L’enlèvement d’un fillette récemment transplantée va renouer leurs destins.

L’avis : Certaines critiques sont plus difficiles à réaliser que d’autres. Celle de The Winter Men en fait partie, car j’avoue ne pas trop savoir par quel bout la prendre. Thématiquement déjà, il s’agit d’une histoire à plusieurs couches. Tantôt polar, tantôt thriller politique, le scénario fait la part belle au drame psychologique et au contexte social d’une Russie en décomposition. Les éléments superhéroïques ne sont là en fait qu’en toile de fond.

La structure du scénario est tout aussi complexe et inhabituelle, à l’image du rythme de publication que la série a connu lors de sa parution sous forme de fascicules. Les trois premiers épisodes, sorties mensuellement en 2005, forment un tout et racontent sous forme de compte-rendu fait à la CIA l’enquête du personnage principal sur la gamine disparue. Le quatrième épisode, probablement mon favori, est paru quelques mois plus tard. Il s’agit d’un interlude qui raconte 24 heures dans la vie de deux des personnages. C’est moralement ambigu, mais plutôt drôle. Encore un hiatus de quelques mois dans la publication et on a le droit cette fois à un épisode de guerre des gangs sous fond de corruption politique. Puis, il aura fallu attendre 3 ans pour avoir la conclusion de l’histoire. Cette fois, le mystère qui entoure The Hammer est éclairci, répondant au passage aux questions posées tout le long de la série.

Au global, mon sentiment est très mitigé. La narration est par moment totalement brillante, inventive, avec des scènes de dialogues délicieuses. La complexité et les ellipses du scénario font de l’ouvrage une lecture exigeante, qui prend du temps si on veut éviter de se perdre. Il y a bien quelques passages sur lesquels ma compréhension a buté, mais, dans l’ensemble, tout va bien jusqu’à l’épisode final, 40 pages où j’ai passé la moitié de mon temps à me demander la signification de ce que j’étais en train de lire. Trop de contenu, des transitions abruptes et des dialogues parfois obscurs. Bref, j’avais l’impression d’assister au déraillement fracassant d’un train lancé trop vite. C’est dommage, car ça a franchement gâché mon plaisir. Je me suis consolé avec le dessin de John Paul Leon, qui, lui, n’a pas faibli d’un iota tout le long de l’ouvrage. Je crois pouvoir dire que c’est l’un de ses meilleurs travaux, et ce n’est pas peu dire au vu des qualités du bonhomme. Rien que pour ça, l’achat se justifie.

Quelle note puis-je donc donner à The Winter Men ? Allons-y pour un B, mais c’est clairement la synthèse d’impressions extrêmement contrastées.

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Ex Machina vol. 8: Dirty Tricks

L’histoire : Une motarde masquée et sexy réalise des actions d’éclat au dépend de Georges Bush, peu de temps avant son passage à New York pour le congrès du parti républicain. Ce faisant, elle met en fâcheuse posture le maire, pour lequel elle semble avoir un petit faible.

L’avis : J’avais déjà le sentiment qu’Ex Machina était en perte de vitesse depuis le dernier tome, mais ce nouveau volume est plus décevant encore. Pour moi, Ex Machina était un habile mélange de politique, de questions de société et d’univers superhéroïque, avec quelques touches d’humour souvent bien senties. Cette fois, on a le droit à une espèce de farce burlesque avec au centre le personnage de Trouble, au look accrocheur, certes, mais qui ne fournit pas grand chose de substantiel. A côté de ça, on voit Mitchell Hundred sur ses chiottes en train de galérer à écrire ses discours ou encore un couple d’amants se faire surprendre en pleine partie de jambes en l’air au bureau. L’aspect politique se résume au positionnement de Hundred vis-à-vis du parti républicain de Bush et au risque que représenterait l’annulation de leur convention pour l’image du maire de New-York. Bref, quelques blagues de potache au milieu d’un scénario sans réel intérêt.

J’ai toujours trouvé que le travail d’Harris sur cette série était intéressant, ne serait-ce que parce que ça ne ressemble à rien d’existant sur le marché, mais il faut bien dire que le côté roman-photo qui caractérise ses planches n’est pas toujours du meilleur effet. Ici, le problème m’a semblé plus aigu que d’habitude, avec en particulier des postures caricaturales lors des scènes les plus exubérantes, mais c’est peut-être les faiblesses du scénario qui rejaillissent sur le dessin.

Le parallèle entre ce tome et le précédent continue, puisque, cette fois encore, l’ouvrage se termine par un épisode qui se suffit à lui-même. Il s’agit cette fois de Masquerade, un numéro spécial initialement publié en 2007, qui porte sur le droit à manifester masqué (ça ne vous rappelle pas une certaine loi anti-foulard chez nous ?), avec en toile de fond la question pour Hundred d’interdire ou pas une manifestation du KKK à New-York. Le scénario nous livre aussi un éclairage sur les premiers jour d’Hundred après l’accident qui lui a donné ses pouvoirs, avant même qu’il n’endosse son costume de héros. C’est très finement écrit, passionnant et, ce qui ne gâche rien, remarquablement illustré par John Paul Leon. Bref, c’est tout ce que l’arc Dirty Tricks n’est pas, ce qui donne d’autant plus de regret.

Pour conclure, vous aurez compris que mon enthousiasme vis-à-vis de la série a grandement diminué. Cela dit, je continuerai à la lire jusqu’à la fin, annoncée par Brian K. Vaughan au n°50 (encore 1 ou 2 TPB donc). La dernière planche avant Masquerade revient d’ailleurs au personnage de Kremlin qui déclare que nous en sommes « là où la fin commence ». Ca me va très bien. Il était temps que BKV conclue l’affaire et, comme il a prouvé avec le dernier tome de Y The Last Man qu’il savait conclure ses séries au long court, je suis optimiste pour la suite.

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Scalped vol. 3: Dead Mothers

L’histoire : Durant la même matinée, Dash apprend le meurtre de deux femmes. La première est une toxicomane, morte étranglée, qui laisse derrière elle plusieurs orphelins. La seconde est la propre mère de Dash, retrouvée scalpée sur le bord d’une route. Au travers de ces deux décès et de sa relation au fils ainé de la toxicomane, Dash va revisiter son enfance et faire face à des sentiments jusqu’ici réprimés.

L’avis : Décidemment, je ne me lasse pas de l’écriture de Jason Aaron. Scalped est toujours aussi intense, âpre et passionnant. La galerie de personnage s’étoffe un peu plus, avec l’introduction du shérif d’un village voisin à la réserve indienne qu’on sent plein de potentiel. On assiste également au retour du flic Falls Down, à peine remis des blessures qu’il a reçues dans le tome 1. Au dessin, R.M. Guéra est tout simplement bluffant. Je ne peux pas imaginer meilleur dessinateur pour cette série. Les seuls bémols que je mettrai à mon enthousiasme sont la caractère assez prévisible d’une partie de l’histoire (celle qui touche au fils de la toxicomane assassinée) et les dessins des deux épisodes non pris en charge par R.M. Guéra. Même John Paul Leon, pourtant habitué à l’excellence, fait pale figure en comparaison. Tout ça pour dire que ce 3ème volet est peut-être un peu moins bon que le précédent, mais Scalped reste une des toutes meilleures séries du moment.

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