Unknown Soldier vol. 4: Beautiful World

L’histoire : Moses confrontre ceux qui ont fait de lui le soldat inconnu et tente de faire la synthèse de sa personnalité fragmentée.

L’avis : Suite et fin de cette nouvelle version d’Unknown Soldier. Vous vous souviendrez que j’ai été séduit par la qualité de l’écriture et des illustrations dès le premier tome. L’impression positive s’est confirmée avec le second volume et même renforcée avec le troisième. Cette conclusion termine l’affaire en beauté.

Il faut dire qu’elle est introduite par ce qui est sûrement un des meilleurs épisodes de la série, l’histoire d’une Kalashnikov qui va passer de mains en mains depuis sa « naissance » en URSS jusqu’à ce qu’elle arrive en Ouganda dans les mains d’un gamin qui va seller l’histoire de notre soldat inconnu. Cette histoire est une petite perle dans le fond (en tant que dénonciation de la guerre et du rôle de la circulation des armes) comme dans la forme (script splendide et belle prestation de Rick Veitch, invité au dessin pour l’occasion). Elle introduit fort bien le dernier acte de la série pour laquelle on retrouve le toujours très bon Alberto Ponticelli. La réponse au mystère entourant le personnage principal est dévoilée et le parcours de celui-ci s’achève. J’ai trouvé la conclusion tout à fait satisfaisante malgré l’annulation prématurée de la série. Vertigo a laissé du temps à Joshua Dysart pour conclure et il l’a bien utilisé.

Au final, Unknown Soldier s’est avérée être une des meilleures séries Vertigo de ces dernières années et je ne saurais que vous encourager à investir dans les quatres TPB qui la contiennent. Vous aurez le droit à un récit complet, dur mais passionnant, et exécuté de mains de maître par des auteurs talentueux et visiblement investis par leur sujet. Vivement recommandée, donc.

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Unknown Soldier vol. 3: Dry Season

L’histoire : Moses s’installe dans un camp de réfugiés où il semble trouver une forme d’équilibre et maîtriser ses démons intérieurs. Le vol des médicaments de l’officine médicale va le lancer dans une enquête qui va vite mettre un terme à ce fragile équilibre.

L’avis : Ce troisième tome démarre sur un registre bien différent des précédents, puisqu’on a presque l’impression de lire un polar sur fond de guerre. La violence et les combats laissent place aux dialogues, à la découverte progressive des relations au sein du camp, jusqu’à la révélation du trafic qui se cache derrière le vol des médicaments. Bien-sûr, on ne se fait pas d’illusion sur le fait que ça dégénère, et, lorsque cela arrive, la violence reprend ses droits. Plus encore que dans les tomes précédents, j’ai trouvé l’écriture remarquablement maîtrisée et je crois que Joshua Dysart est en train de devenir un de mes scénaristes préférés du moment. Côté dessin, c’est un peu plus irrégulier. Alberto Ponticelli continue de produire un excellent travail dans l’ensemble, avec même certaines planches sublimes, mais, bizarrement, il commet d’étranges impairs sous formes de perspectives douteuses et de proportions discutables. Ce ne sont guère que des détails qui tranchent avec une prestation d’ensemble de haut niveau, mais, justement, le contraste est frappant. A noter, un changement de type de mise en couleur par rapport aux deux tomes précédents, la tâche étant pourtant assurée par la même personne. Passée la surprise du début, j’ai trouvé l’évolution plutôt positive. En tout cas, Unknown Soldier est sans aucun doute une des meilleures séries Vertigo du moment. Une série âpre, parfois difficile, mais qui vaut très largement le détour.

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B.P.R.D. vol. 13: 1947

L’histoire : Après la découverte de prisonniers nazis ayant été vidés de leur sang, le B.P.R.D. envoie en France quatre nouvelles recrues, tous de simples soldats, pour enquêter sur le phénomène.

L’avis : Après l’excellent B.P.R.D.: 1946, que j’ai relu juste avant, j’ai abordé ce nouvel opus avec tous les espoirs du monde et je dois bien dire que l’entrée en matière m’a un peu refroidi. Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise, bien au contraire, mais j’ai été pris à contre-pied par le changement radical du style de dessin. Paul Azaceta avait tellement bien donné corps à ses personnages, en particulier Bruttenholm et la petite fille démon, que le style beaucoup plus relâché des frère Bá et Moon paraît totalement décalé en comparaison. Ce sont pourtant deux dessinateurs de grand talent, surtout Bá, un de mes chouchous du moment, et, passé la première impression, il faut bien reconnaître que leur prestation ici est remarquable. Les deux frangins alternent aux crayonnés, Bá s’occupant du réel et Moon du surnaturel, avec des transitions très fluides entre les deux. Le scénario n’est pas en reste. Le choix de faire des membres du B.P.R.D. de l’époque de simples soldats met l’accent sur l’horreur que représente la confrontation aux démons. J’ai également trouvé que les scènes montrant Hellboy enfant donnent un éclairage intéressant aux lecteurs fidèles comme moi. Au final, mon sentiment est que 1947 est un petit cran en dessous de 1946, mais que ça reste de la très bonne came. Très clairement, j’ai envie de continuer à égrener les années post-WW2 avec Mignola et Dysart.

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Unknown Soldier vol. 2: Easy Kill

L’histoire : Toujours en lutte pour contrôler la machine à tuer qui est en lui, Moses Lwanga est approché par un groupe militant planifiant d’assassiner un star d’Hollywood en mission humanitaire en Ouganda. Leur objectif : sacrifier l’actrice pour attirer l’attention des médias internationaux sur la situation du pays.

L’avis : J’ai trouvé le premier tome de la série très accrocheur, mais d’une violence dure à avaler (notamment envers les enfants). La suite, même si elle continue à s’appuyer sur le réalisme des atrocités commises en Ouganda, relâche un peu la pression et se concentre sur la psychologie et les motivations des personnages. En toile de fond, le scénario pose des questions morales intéressantes sur les actions qui peuvent être entreprises dans un contexte de guerre civile en Afrique, que l’on soit partisan de la paix, humanitaire ou plus directement impliqué dans la lutte armée. L’histoire réserve aussi son lot d’action, avec une narration nerveuse et efficace aussi dans ce registre. Alberto Ponticelli continue à fournir un excellent travail qui colle bien au script de Joshua Dysart et qui donne une véritable identité à la série.

Les deux derniers épisodes forment une espèce de parenthèse durant laquelle Lwanga raccompagne un enfant soldat jusqu’au village dont il a été arraché. Le rythme est plus posé et l’introspection y est très présente. J’ai beaucoup aimé la façon dont Le sujet des enfants soldats y est traité, un peu moins les passages sur les méandres de la psychologie torturée du héros. Le dessin est pris en charge par un dessinateur congolais, réfugié politique en France et invité pour l’occasion à illustrer une réalité dont il est proche. On ne peut qu’applaudir l’initiative éditoriale, mais je dois bien avouer que je n’ai pas été emballé par le travail de l’artiste, en particulier sur le deuxième épisode que j’ai trouvé bâclé.

Unknown Soldier reste une série qui mérite largement le détour. La fin est annoncée au n°25 (encore deux TPB donc). En effet, la série a eu beau bénéficier de critiques globalement très élogieuses et de nominations aux Eisner Awards, elle n’a visiblement pas trouvé son public. C’est à mon avis dû à l’âpreté du sujet, plus qu’à autre chose. En tout cas, en ce qui me concerne, je la suivrai jusqu’au bout.

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Unknown Soldier vol. 1: Haunted House

L’histoire : Moses Lwanga a quitté l’Ouganda lorsqu’il était enfant, ses parents fuyant la guerre civile. Vingt-cinq ans plus tard, diplômé d’Harvard, il retourne dans son pays, toujours dans le même état en guerre, en tant que médecin humanitaire. Pacifiste dans l’âme, Moses se retrouve un jour avec un canon sur la tempe. Une voix intérieure apparaît alors et le métamorphose en machine à tuer.

L’avis : Encore une nouvelle série Vertigo fort intéressante dans la mesure où elle est tout sauf unidimensionnelle. C’est une histoire de guerre – on s’en serait douté en lisant le titre – qui s’inscrit dans un contexte politique concret, la guerre civile en Ouganda. Joshua Dysart a passé un mois sur place après le cessez-le-feu de 2007 pour revenir avec une bonne connaissance du contexte politique et des horreurs perpétrées par les deux factions rivales sur les civils.

Unknown Soldier peut d’ailleurs tout à fait être qualifié de comics d’horreur, tellement les images sont dures. Autant être prévenu, c’est franchement hardcore. Ça passe par des scènes de guerre et de torture, des mutilations, des morts d’enfants, des viols, et j’en passe. J’étais à la limite de la saturation parfois, et je pense pourtant avoir un seuil de tolérance assez élevé.

Au-delà de tout ça, le scénario a une autre dimension qui n’est pas encore trop développée pour l’instant, c’est le pourquoi du comment ce toubib pacifiste se retrouve brusquement dans la peau d’un tueur né. Ses rêves laissent entendre qu’il aurait été programmé par le passé, lavage de cerveau à la clé. Le récit a donc des chances de virer XIII/Bourne Identity à un moment ou à un autre, avec un héros qui part à la recherche de son identité et de son passé. A moins tout ça ne soit les préludes d’un récit plus fantastique, où l’esprit des Unknown Soldiers précédents aient décidé d’investir un nouveau corps. Mystère pour l’instant.

En attendant d’en savoir plus, je recommande volontiers cette série, mais uniquement aux lecteurs ayant le cœur bien accroché. Si c’est le cas, vous aurez le droit à une histoire non seulement bien écrite, mais aussi fort bien illustrée par Alberto Ponticelli, dessinateur italien brillant qui travaille notamment en France chez les Humano.

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B.P.R.D. vol. 9: 1946

L’histoire : Le Professeur Trevor Bruttenholm, fondateur du B.P.R.D. et père adoptif d’Hellboy, arrive dans un Berlin en ruine et occupé par les forces alliées. Son objectif : découvrir et étudier ce qui reste des expériences occultes entreprises par les nazis.

L’avis : Je précise tout d’abord qu’il ne s’agit pas de la suite de la série régulière B.P.R.D dont j’ai déjà dit beaucoup de bien (ici et ), mais du recueil d’une série limitée en 5 épisodes. Comme l’action se situe dans le passé, ne vous attendez pas à trouver parmi les personnages les protagonistes habituels de la série. Aux commandes, point de John Arcudi, et pas de Guy Davis non plus. Pourquoi a-t-on décidé chez Dark Horse de faire de cette histoire le 9ème volume de B.P.R.D. ? Je me le demande bien. C’est donc avec une pointe de septicisme que j’ai abordé ma lecture de 1946. Le sentiment était renforcé par le fait que les récents spin-offs de Hellboy/B.P.R.D. proposés par Mignola ne m’ont pas vraiment emballés, en particulier Lobster Johnston et Abe Sapien: The Drowning. Mon a priori a très vite disparu, car il est clair que s’il y a continuité avec le reste de B.P.R.D., c’est sur la qualité d’exécution.

Tout d’abord, Mignola semble avoir trouvé avec Joshua Dysart un nouveau scénariste palliant très bien ses propres défaillances. Tout comme lorsqu’il collabore avec John Arcudi, l’alchimie opère et on retrouve les concepts et les ambiances de Mignola sans ses lourdeurs au niveau du script. Le scénario se révèle captivant, avec des ambiances sombres et très flippantes. Dès qu’il s’agit de faire explorer aux personnages des lieux dans l’ombre desquels se tapissent des monstres, tout devient inquiétant. Les dessins de Paul Azaceta contribuent bien-sûr très largement à l’ambiance. L’artiste est bien mieux employé là que sur le Daredevil dont je vous ai parlé il y a quelques jours. La qualité de l’ensemble, scénario et dessin, est parfaitement résumé au travers d’un démon à l’apparence de petite fille. La voir sautiller en pleine horreur, toute vêtue de blanc, avec sa poupée à la main et des expressions mi-enfantine, mi-cruelle, fait partie des moments forts de l’ouvrage. Les dialogues qui lui sont prêtés sont délicieux et le visuel d’Azaceta remarquable. La gamine éclipserait presque les autres personnages, pourtant bien définis, comme la bande de soldats qui accompagne le professeur ou Bruttenholm lui-même. Le dernier épisode prend une couleur plus pulp, avec un savant nazi monté sur pattes d’araignée robotisées et ses gorilles télécommandés. L’épisode est résolument tourné vers l’action et ça se lit avec plus de légèreté. Le changement de ton m’a un peu étonné, mais sans me gêner. Bref, tout ceci forme une belle réussite et je ne regrette pas cette incursion dans le passé du B.P.R.D., ce qui ne m’empêche pas d’attendre avec impatience le retour au présent de Abe Sapien et consorts.

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