Grendel vs. The Shadow

Le pitch : Hunter Rose se retrouve projeté dans les années 30 où il affronte The Shadow.

L’avis : Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, Grendel fut une de mes séries fétiches et Matt Wagner un des auteurs que je suivais le plus régulièrement. Encore maintenant, tout nouveau Grendel par Matt Wagner est un évènement, d’autant que c’est rare. La dernière fois, c’était il y a six ans déjà. C’est donc avec grand plaisir que je me suis plongé dans ce Grendel vs. The Shadow. La rencontre entre les deux personnages a du sens. D’un côté, un justicier qui oeuvre dans l’ombre et qui joue sur la peur ; de l’autre, un criminel aussi brillant que séduisant. Sans surprise, Matt Wagner exploite à fond la différence de polarité entre les deux et, sans surprise là non plus, c’est brillamment exécuté au niveau narratif, avec de très belles planches dans le pur style de Matt Wagner. Tout ça c’est très bien, mais le scénario ne m’a pas vraiment accroché et, à force de ne pas être surpris, je suis un peu resté sur ma faim. Au final, ça reste une lecture plus que recommandable, mais c’est une déception relative pour moi qui ai tant aimé Grendel. J’aimerais tellement voir Matt Wagner sorte de sa zone de confort (Hunter Rose), en reprenant d’autres occurrences de Grendel (Grendel Prime vient bien évidemment à l’esprit), voire en en créant de nouvelles comme à l’époque bénie des Grendel Tales. Pourvu qu’il m’entende…

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Grendel: Behold The Devil

L’histoire : Jusqu’ici, la vie d’Hunter Rose était connue au travers du journal intime retrouvé après sa mort. Or, de ce journal, l’équivalent de deux semaines ont été arrachées par son auteur. Quels évènements ont bien pu pousser un homme aussi sûr de sa propre perfection à se censurer de cette façon ?

L’avis : Enfin ! Après deux ans d’attente, Dark Horse s’est décidé à publier une édition reliée de la dernière histoire en date de Hunter Rose. Et encore, pas le choix, c’est édition cartonnée ou rien (ou alors encore plus tard). Cela dit, ils le proposent à prix canon : $20 pour 8 épisodes et quelques bonus. Dans ces conditions, j’ai presque envie de leur dire merci.

Ceux qui suivent ce blog régulièrement savent que je suis un fan inconditionnel de Grendel et de Matt Wagner. C’est donc avec grand plaisir que j’ai ouvert l’ouvrage, mais aussi avec une certaine pointe d’appréhension, car il y a toujours le risque d’être déçu lorsqu’un auteur revisite ses succès passés après une longue absence. Heureusement, Matt Wagner est sous bien des abords un auteur accompli en pleine possession de ses moyens. Tout au plus pourrait-on lui reprocher de ne pas prendre beaucoup de risques avec cette ultime mise en scène de Hunter Rose. En effet, les fans ne seront pas réellement surpris. Behold The Devil peut même être considéré comme une synthèse des évolutions que Matt Wagner a appliquées aux récits de son personnage fétiche. On y trouve par exemple les extraits en prose du livre de Christine Spar, comme du temps de Devil By The Deed, mais aussi la trichromie adoptée depuis les Black, White & Red.

Matt Wagner montre qu’il sait toujours aussi bien mettre en scène les ambiances paranoïaques, à la nuance près que c’est cette fois Hunter Rose qui la ressent autant qu’il ne l’inflige à ses ennemis. Le récit réserve également un condensé du mythe Grendel qui suivra l’ère Hunter Rose, sous la forme d’une hallucination divinatoire. Personnellement, j’ai apprécié ce clin d’œil adressé aux fans de la série, mais je me mets à la place d’un lecteur non-initié et je me dis que ces quelques pages ne doivent pas être faciles d’accès pour tous. Pour le reste, l’essentiel de la force du récit réside dans la qualité de la narration. C’est vrai pour le script comme pour la mise en page. Bien évidemment, on est loin du Matt Wagner des débuts qui livrait des récits très denses avec des mises en pages parfois touffues. Personnellement, j’aimais beaucoup cette période, mais Matt Wagner y a tourné le dos il y a longtemps déjà. Cela reflète probablement en partie une plus grande maitrise de certains aspects de son dessin, que ce soit au niveau de l’anatomie ou des perspectives. En tout cas, il donne beaucoup plus d’espace à ses personnages. Paradoxalement, il a tendance à esquisser là où il aurait probablement fignolé avant, et ça, c’est un peu dommage.

Au bout du compte, ce nouvel opus de Grendel n’a rien de révolutionnaire, mais forme un récit solide et efficace qui devrait satisfaire la plupart des anciens comme des nouveaux lecteurs. Rien ne dit que nous reverrons Hunter Rose avant longtemps, puisque Matt Wagner avait annoncé à l’époque des 20 ans de Grendel qu’il travaillerait ensuite sur une série centrée sur Grendel Prime. J’espère que ça ne tardera pas trop à venir. Ensuite, qui sait, peut-être aura-t-on droit à une explication de ce qui n’est que suggéré dans Behold The Devil : Hunter Rose n’est peut-être finalement pas le point de départ du mythe.

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Madame Xanadu vol. 1: Disenchanted

L’histoire : De la chute de Camelot aux Etats-Unis des années 30 en passant par la cour de Kublai Khan ou encore Paris en pleine révolution, le sort de Madame Xanadu est intimement lié à l’énigmatique Phantom Stranger.

L’avis : Cette série avait sur le papier deux bons arguments pour me plaire : Matt Wagner, un scénariste qui, dans ses meilleurs moments, m’a donné de fabuleux moments de lecture et Amy Reeder Hadley, une nouvelle venue dont les planches aperçues sur internet (cf. lien plus bas) m’avaient complètement enthousiasmé. Malheureusement, j’ai été plutôt déçu.

Côté dessin, rien à redire ou presque. Tout au plus peut-on regretter certaines planches moins réussies que les autres, mais pour l’essentiel, c’est élégant, précis, expressif et bien composé. Je ne sais pas quelle est la marge de progression de cette artiste, mais elle place d’entrée la barre très haut, c’est certain.

Non, la déception vient essentiellement du scénario. Il faut dire que je ne suis pas particulièrement fan de ces récits qui touchent à la destinée et au caractère inéluctable des évènements, surtout quand les personnages s’escriment à éviter le pire mais restent impuissants quelles que soient leurs actions. Ça a tendance à générer chez moi autant de frustration que chez les personnages. Le problème est ici d’autant plus criant qu’il est répétitif. Chacune des cinq époques se résume globalement à la même histoire : Madame Xanadu se fait manipuler ou cherche à lutter contre l’influence du Phantom Stranger, mais finit toujours par être le dindon de la farce, d’une manière ou d’une autre. Ça la révolte, ce qui donne lieu à plusieurs échanges assez répétitifs entre les deux protagonistes.

Franchement, je me suis ennuyé pendant une bonne partie de la lecture. Seuls quelques bons moments et des dessins plaisants font que l’impression globale reste relativement positive. A noter que la série a été nominée pour plusieurs Eisner Awards, ce qui suggère que mon opinion est loin d’être partagée par tous. En tout cas, au final, je pensais bien ne pas continuer la série, mais je crois que je vais lui donner encore une chance. En effet, l’ouvrage se termine en laissant penser que le Phantom Stranger va disparaître du circuit, laissant place à des aventures peut-être un peu plus diversifiées. De plus, le trop rare Michael Kaluta prend en charge l’arc suivant, et ça se refuse difficilement.

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Grendel: Devil’s Reign

L’histoire : Après avoir provoqué la chute de Vatican Ouest, Orion Assante utilise son influence dans le monde politique et économique pour prendre la tête d’une union des corporations nord-américaines. Son objectif : fédérer les différentes composantes d’une société en décomposition pour assurer paix et stabilité. Et comme la paix se fait en préparant la guerre, il crée l’Orion Sword. Cette armée entièrement dévouée à Orion, qu’on surnommera bientôt le Grendel-Khan, officiera aussi à éliminer les vampires menés par Pellon Cross.

L’avis : Après God & The Devil, Dark Horse réédite enfin le seul des chapitres de Grendel que je n’avais pas encore lu. Et quel bonheur ! Je connaissais déjà le fond de l’histoire, puisque War Child et la volée de Grendel Tales qui ont suivi reposent sur l’avènement d’Orion Assante. Il n’empêche que j’ai trouvé la lecture de Devil’s Reign tout à fait passionnante.

Chacun des sept épisodes qui composent l’ouvrage est divisé en deux parties. La première est en fait la biographie d’Orion Assante. La part belle est laissée à la prose de Matt Wagner, puisque l’essentiel de la narration est effectuée en voix off, avec de nombreuses vignettes silencieuses en guise d’illustration et seulement quelques séquences mises en dialogue. Dis comme ça, il y a de quoi rebuter les amateurs de BD. Après tout, de belles phrases et des jolies images ne font pas une bonne BD, s’ils sont juxtaposés plus que mélangés. Pourtant, c’est bien cette partie de l’ouvrage que j’ai le plus apprécié. La lente dérive d’Assante vers un régime martial, autoritaire et même génocidaire est fascinante. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Cette histoire en est la meilleure illustration. L’ambigüité morale a toujours été au cœur du mythe Grendel, mais Devil’s Reign atteint des sommets dans le genre. Au delà des aspects politiques, l’histoire d’Assante est également marquée par les relations qu’il entretient avec les femmes qui l’entourent et avec Manny, son conseillé. Leur dévouement réciproque pouvant aller jusqu’au sacrifice donne une belle couleur émotionnelle au scénario.

Le deuxième volet des épisodes est radicalement différent du premier. Cette fois, ce sont les vampires qui sont sur le devant de la scène et on retrouve un formalisme BD plus classique. Tim Sale a donc davantage de marges de manœuvre pour s’exprimer. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié sa prestation, même s’il n’avait pas encore vraiment trouvé le style qui le rend si reconnaissable maintenant. Le scénario se lit bien, mais, au bout du compte, je n’en ai pas tiré grand chose. Je m’attendais à ce que l’opposition entre Pellon Cross et Orion Assante soient beaucoup plus lourde de sens. Or, au final, les vampires interfèrent relativement peu avec les plans du Grendel-Khan.

Tout ça m’a diablement donné envie de relire War Child et surtout les Grendel Tales. Je sais que je n’aurais pas le temps, car j’ai bien trop de lecture en retard, mais ça témoigne du plaisir que j’ai eu à me replonger dans cet univers. Vivat Grendel !

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Grendel: God and the Devil

L’histoire : Au 26ème siècle, le monde est dominé par les méga-corporations industrielles et le clergé catholique. Le Pape Innocent XLII, aussi corrompu qu’omniprésent sur le plan médiatique, entretient l’influence et la richesse de l’église. Il semble également développer un projet secret dans les sous-sols de la grande cathédrale de Vatican II. Deux hommes vont s’opposer à lui. D’un côté, Orion Assante, aristocrate richissime, obtient le droit de mener une enquête sur l’origine et l’utilisation des fonds de l’Eglise. De l’autre, Eppy Thatcher, employé de bureau psychotique et toxicomane, enfile le manteau de Grendel pour commettre des actes de terrorismes durant les interventions télévisées du Pape.

L’avis : En tant que fan inconditionnel de Grendel, j’étais très heureux de voir rééditée God and the Devil, une des rares histoires que je n’avais pas encore lues. Je m’y suis donc plongé sans retenue et je dois bien dire que j’ai retrouvé dans la première moitié de l’ouvrage tout ce qui fait pour moi l’attrait de Grendel, en particulier l’ambigüité morale des personnages et la richesse de l’écriture de Matt Wagner. Le première épisode de l’ouvrage est assez déconnecté du reste dans la mesure où il met en scène des personnages différents, mais il forme un excellent prologue. Les relations entre l’Église, l’argent et le pouvoir y sont introduites au travers de la lutte d’influence entre deux candidats à la succession du Pape, récemment décédé. Tim Sale y fait un travail remarquable au dessin. Les dix épisodes qui suivent sont d’une rare densité. Autant dire que ce n’est pas de la lecture pour fainéant. La mise en place du scénario est passionnante, chacun des trois personnages principaux, bientôt rejoint par Pellon Croos, chef de la police, avançant ses pions sur l’échiquier de l’histoire. Matt Wagner fait un portrait de la religion au vitriol. Certains trouveront ça caricatural, mais j’ai trouvé que ça entretenait une atmosphère aussi malsaine qu’efficace. La dichotomie entre l’attaque du Pape par Orian Assante, effectuée sur le plan politique, et la folie d’Eppy Thatcher est également très bien exécutée. L’esprit de Grendel, c’est à la fois la raison et le chaos. Puis, en avançant dans l’histoire, j’ai trouvé que le rythme commençait à s’essouffler et je me suis trouvé à attendre la confrontation finale. Celle-ci a bien lieu, cette fois sur un tempo frénétique. Malheureusement, je l’ai trouvé assez peu crédible, et au final décevante. Son principale mérite, c’est de précipiter l’évolution d’Orion Assante vers ce qu’il va devenir, un dictateur qui comblera par une philosophie martiale le vide laissé par la chute de la religion. Côté dessin, là aussi, l’impression est en demi-teinte. Le prestation de Snyder et Geldhof a vraiment beaucoup de caractère. Elle a cependant un peu vieillie (ah, les années 80 !), malgré la très belle recolorisation de Jeromy Cox. Et puis surtout, le caractère dont je parle tient en partie à un certains nombres d’expérimentations un peu osées au niveau de la mise en page, notamment en ce qui concerne le positionnement du texte. J’ai dû à plusieurs reprises relire certaines planches avant de lire les choses dans le bon ordre. En même temps, lorsque ces planches mettaient en scène Eppy Thatcher, la manque de lisibilité collaient bien à la folie chaotique du personnage. Bref, God and the Devil n’est pas pour moi le meilleur chapitre de la saga Grendel, loin s’en faut, mais cela reste une lecture fort intéressante, de par son originalité et sa densité. La suite de la réédition, Devil’s Reign, est annoncée en janvier.

Pour voir : quelques pages du prélude dessiné par Tim Sale et une critique illustrée de l’histoire principale
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The Art of Matt Wagner’s Grendel

Grendel est l’une de mes séries culte, probablement le comics le plus important à mes yeux, et je n’ai pas manqué de me jeter sur ce nouvel Artbook qui y est consacré. Le recueil d’illustrations balaye l’ensemble de la saga Grendel. On y trouve donc beaucoup de dessins et peintures de Matt Wagner, mais pas seulement, puisque de nombreux artistes ont prêté leur talent à Grendel. J’aurais aimé vous faire suivre un parcours illustré, comme pour le Process Recess de James Jean, mais je n’ai malheureusement pas trouvé grand chose, mis à part le maigre preview fourni par Dark Horse. Je vais donc plutôt vous en dire deux mots. Tout d’abord, la production est sans reproche, notamment la reliure et la qualité du papier qui rend justice aux 200 pages illustrées. Splendide ! Les illustrations sont présentées dans l’ordre chronologique des épisodes de la série, alternant reproduction de couvertures, de planches intérieures et de dessins issus des collections personnelles de Matt Wagner, de l’éditrice Diana Schutz et de quelques autres privilégiés. Tout ça est commenté, bien sûr, mais avec parcimonie et c’est très appréciable, car les parties textuelles ne viennent pas interrompre trop lourdement le parcours de l’ouvrage. Pourtant, on apprend beaucoup de choses sur les intentions de l’auteur et sur les choix artistiques qui ont été fait à certains moments. Le livre commence fort logiquement par une large section consacrée à Hunter Rose, le Grendel original (75 pages environ). Plus étonnamment, la section dédiée à Christine Spar est elle aussi assez longue (20 pages) et le côté « sexy » du personnage ressort très fortement. Pas désagréable, ma foi. Ensuite viennent les parties dédiées à Brian Li Sung (beaux dessins de Bernie Mireault), Eppy Thatcher (complètement psyché quand John K. Snyder III s’y colle), Orion Assante (lorsque Grendel évolua du statut de personnage à celui de concept sous-tendant un système dictatorial), puis Grendel Prime (30 pages tout de même, justifiés par la popularité du personnage). Enfin, l’ouvrage de termine par quelques dessins originaux produits spécialement pour l’occasion par quelques stars du moment. Au final, un très bel ouvrage pour les fans de la série, ou plus largement pour ceux qui ont envie de se régaler les yeux avec des images splendides. La seule vraie fausse note à mon goût, et c’est un comble pour un artbook, réside dans le choix de la couverture, aussi morbide que peu réussie.

Pour voir : click, mais ce n’est pas du tout représentatif de l’ouvrage dans son ensemble.
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