Northlanders vol. 7: The Icelandic Trilogy

Le pitch : Les quatre premiers siècles de l’histoire islandaise vus au travers du destin d’une famille et d’un clan.

L’avis : Pour le dernier tome de la série, Brian Wood se voulait ambitieux en racontant l’histoire de l’Islande dans le cadre d’une trilogie couvrant trois générations. On assiste d’abord à l’installation d’une famille fuyant la monarchie norvégienne, puis à l’arrivée du christianisme, puis à la fin de la logique des clans pour aller vers une société plus globale et politisée. Tout ça est fort intéressant d’un certain point de vue et Brian Wood arrive par moment à rendre son récit accrocheur en s’appuyant sur des personnages bien campés. Malheureusement, le récit est inégal. Entre deux bons moments, je me suis surpris parfois à m’ennuyer et, comme parfois avec Wood, certains ressorts du scénario manque cruellement de finesse. Les dernières pages forment une belle conclusion à ce volume particulier et à la série en générale, cela dit.

Côté dessin, trois actes égal trois dessinateurs dont aucun ne démérite, ni ne brille. Paul Azaceta fait du bon boulot, mais est moins précis dans l’exécution que ce qu’il a pu faire sur B.P.R.D., par exemple. Sur le second acte, Declan Shalvey m’a fait une forte première impression, mais ne m’a pas plus emballé que ça au final, la faute à un certain manque de subtilité dans l’expression des personnages. Enfin, Danijel Zezelj assure, comme d’habitude, mais on l’a vu plus inspiré.

Bref, tout ça ne fait pas une mauvaise lecture, mais c’est loin d’être un bouquet final. En fait, ce dernier tome est à l’image de la série dans son ensemble, et même plus généralement du travail de Brian Wood, brillant par moment dans l’écriture, mais souvent inégal. Il faut croire que les moments de brillance surpassent le reste, car il fort probable que je le suive sur les aventures d’un autre barbare, j’ai nommé le Conan qu’il a repris chez Dark Horse. Je dis ça, mais j’avais prévu de suivre The Massive après l’arrêt de DMZ et je ne l’ai pas fait. Qui vivra verra…

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B.P.R.D. vol. 9: 1946

L’histoire : Le Professeur Trevor Bruttenholm, fondateur du B.P.R.D. et père adoptif d’Hellboy, arrive dans un Berlin en ruine et occupé par les forces alliées. Son objectif : découvrir et étudier ce qui reste des expériences occultes entreprises par les nazis.

L’avis : Je précise tout d’abord qu’il ne s’agit pas de la suite de la série régulière B.P.R.D dont j’ai déjà dit beaucoup de bien (ici et ), mais du recueil d’une série limitée en 5 épisodes. Comme l’action se situe dans le passé, ne vous attendez pas à trouver parmi les personnages les protagonistes habituels de la série. Aux commandes, point de John Arcudi, et pas de Guy Davis non plus. Pourquoi a-t-on décidé chez Dark Horse de faire de cette histoire le 9ème volume de B.P.R.D. ? Je me le demande bien. C’est donc avec une pointe de septicisme que j’ai abordé ma lecture de 1946. Le sentiment était renforcé par le fait que les récents spin-offs de Hellboy/B.P.R.D. proposés par Mignola ne m’ont pas vraiment emballés, en particulier Lobster Johnston et Abe Sapien: The Drowning. Mon a priori a très vite disparu, car il est clair que s’il y a continuité avec le reste de B.P.R.D., c’est sur la qualité d’exécution.

Tout d’abord, Mignola semble avoir trouvé avec Joshua Dysart un nouveau scénariste palliant très bien ses propres défaillances. Tout comme lorsqu’il collabore avec John Arcudi, l’alchimie opère et on retrouve les concepts et les ambiances de Mignola sans ses lourdeurs au niveau du script. Le scénario se révèle captivant, avec des ambiances sombres et très flippantes. Dès qu’il s’agit de faire explorer aux personnages des lieux dans l’ombre desquels se tapissent des monstres, tout devient inquiétant. Les dessins de Paul Azaceta contribuent bien-sûr très largement à l’ambiance. L’artiste est bien mieux employé là que sur le Daredevil dont je vous ai parlé il y a quelques jours. La qualité de l’ensemble, scénario et dessin, est parfaitement résumé au travers d’un démon à l’apparence de petite fille. La voir sautiller en pleine horreur, toute vêtue de blanc, avec sa poupée à la main et des expressions mi-enfantine, mi-cruelle, fait partie des moments forts de l’ouvrage. Les dialogues qui lui sont prêtés sont délicieux et le visuel d’Azaceta remarquable. La gamine éclipserait presque les autres personnages, pourtant bien définis, comme la bande de soldats qui accompagne le professeur ou Bruttenholm lui-même. Le dernier épisode prend une couleur plus pulp, avec un savant nazi monté sur pattes d’araignée robotisées et ses gorilles télécommandés. L’épisode est résolument tourné vers l’action et ça se lit avec plus de légèreté. Le changement de ton m’a un peu étonné, mais sans me gêner. Bref, tout ceci forme une belle réussite et je ne regrette pas cette incursion dans le passé du B.P.R.D., ce qui ne m’empêche pas d’attendre avec impatience le retour au présent de Abe Sapien et consorts.

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Daredevil: Cruel And Unusual

L’histoire : Alors que Matt Murdock se remet difficilement des derniers évènements qui ont mené sa femme à la folie, Dakota North cherche à prouver l’innocence d’un homme sur le point d’être exécuté. Seul problème, l’homme en question semble n’avoir aucune envie qu’on cherche à le disculper.

L’avis : Décidément, les TPB de Daredevil semblent systématiquement commencer par un épisode moins bons que les autres. C’était déjà le cas pour les deux derniers recueils, c’est encore le cas cette fois avec un épisode de transition où rien ne se passe mis à part Matt Murdock qui déprime sévèrement et ses amis qui restent impuissants devant sa détresse. Même si je comprends bien l’intérêt de marquer le coup après les évènements du dernier tome et avant de reprendre le cours des aventures du diable rouge, j’ai trouvé cet épisode assez ennuyeux. De plus, le dessin est de Paul Azaceta ne bénéficie pas de l’encrage de Stefano Gaudiano, contrairement au tome précédent, et la différence se fait cruellement sentir. Ca reste un travail tout à fait correct, mais un cran au dessous du reste de l’ouvrage.

Les quatre épisodes restant, justement, sont beaucoup plus enthousiasmants. Greg Rucka se joint à Ed Brubaker pour l’occasion et les deux hommes s’entendent visiblement toujours aussi bien. Comme on pouvait s’y attendre, l’histoire prend une couleur beaucoup plus polar, avec Dakota North dans le rôle du détective privé traditionnel et Daredevil qui fournit la touche super-héroïque. Le scénario donne l’occasion à Matt Murdock de sortir un peu la tête de l’eau, ce qui fait du bien. Tout ça donne lieu à une histoire passionnante de bout en bout et très bien servie par le tandem Lark/Gaudiano. On peut juste regretter une résolution une peu rapide et assez peu surprenante.

Pour voir : Paul Azaceta sur le premier épisode et Michael Lark sur le dernier
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Daredevil: Hell To Pay vol. 2

L’histoire : Daredevil poursuit Mr Fear, lequel joue de ses agents chimiques pour manipuler les proches de Matt Murdock, en particulier Milla, sa femme, poussée au bord de la folie.

L’avis : L’ouvrage s’inscrit dans la ligne droite du tome précédent. Le premier épisode est le n°100 de la série régulière. Qui dit numéro anniversaire dit numéro spécial. Cette fois, cela prend la forme d’un épisode rallongé où sont invités quelques grands noms associés à Daredevil (Colan, Romita Sr, Sienkiewicz, etc.). Franchement, leurs contributions ne donnent pas vraiment de raisons de s’enflammer. Cela dit, Ed Brubaker arrive plutôt bien à les insérer dans son scénario. Exercice de style réussi donc. La suite est prise en charge par Michael Lark et Paul Azaceta. Le duo fonctionne parfaitement bien et j’aurais bien du mal à distinguer qui a fait quoi tellement l’ensemble est homogène. Le très bon travail d’encrage de Stefano Gaudiano aide probablement beaucoup. Le scénario met en scène Daredevil à la poursuite de Mr Fear, le premier ayant toujours un temps de retard sur le second. Le sentiment d’impuissance qui s’en dégage, auquel s’ajoute la souffrance de Milla, instille un malaise digne des meilleurs romans noirs. Je ne crois pas gâcher le suspense est disant que tout finit très mal. Si vous aimez les héros qui gagnent toujours à la fin (tadadadadada, Starsky et… pardon !), vous risquez donc de sortir totalement déprimé de cette expérience de lecture. En revanche, si vous savez apprécier les qualités de narrateurs des auteurs, vous allez vous régaler, tout comme moi.

Pour voir : plusieurs pages du n° 100
Pour acheter : les deux tomes de l’histoire