House of Mystery vol. 1: Room & Boredom

L’histoire : Au beau milieu de la nuit, la maison de Fig Keele se met à tomber en ruine. Poursuivie par deux figures fantomatiques, la jeune femme s’enfuie et trouve refuge dans un bar qui se révèle être une prison dont elle ne peut plus sortir. Quatre autres individus sont dans le même cas. Comme les sources de distraction sont inexistantes dans cet endroit, ceux qui sont devenus les tenanciers du bar ont instauré un mode de paiement bien particulier pour les clients de passage : chacun doit raconter une histoire pour divertir l’assemblée.

L’avis : Excellente surprise que cette nouvelle série proposée par les auteurs de Jack of Fables. Chaque épisode se structure en deux parties emboitées. L’histoire principale porte sur la Maison des Mystères et les personnages qui l’occupent. Les récits des clients forment quant à eux les éléments variables d’un épisode à l’autre.

Matthew Sturges est aux commandes du corps du scénario. L’intrigue avance doucement, laissant encore de larges plages d’ombre sur le passé des personnages et la nature exacte de la maison. A ce stade, j’ai très envie d’en savoir plus. Luca Rossi officie au dessin. Je ne le connaissais pas du tout et son style m’est apparu au premier regard comme étant très typique de Vertigo, donc potentiellement peu original. En fait, j’ai trouvé sa prestation très convaincante. Il a su très rapidement donner une âme à la maison et à l’environnement horrifique qui l’entoure.

En ce qui concerne les histoires emboitées, c’est Bill Willingham qui dirige l’affaire et il s’entoure de quelques pointures pour illustrer tout ça : Sean Murphy, Ross Campbell, Jill Thompson et Steve Rolston se montrent à la hauteur de leurs réputations. Zachary Baldus, le seul dessinateur que je ne connaissais pas, est un petit cran en dessous, mais ça reste plaisant. Les histoires ont toutes au moins une touche d’horreur, conformément à l’anthologie House of Mystery des années 50 et 70 dont la série reprend le concept, mais on n’est pas si loin de l’esprit de conte de Fables par instant.

Au final, une nouvelle série qui, je l’espère, réalisera tout le potentiel qu’elle montre dans ce premier volume.

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The Escapists

L’histoire : Maxwell Roth décide de racheter avec l’argent de son héritage les droits d’un vieux personnage de superhéros dont son père était fan. Avec une jeune dessinatrice rencontrée dans un ascenseur et son pote d’enfance au lettrage, il se met en tête de créer de nouvelles aventures pour le personnage et d’autoproduire la série. Contre toute attente, le succès est au rendez-vous, ce qui attire l’attention d’un géant du média américain qui voit là une manne financière à exploiter…

L’avis : Le pitch de la quatrième page de couverture dit que cet ouvrage est la lettre d’amour de Brian K. Vaughan au comics et je pense que c’est assez bien vu. C’est vrai qu’il transpire de cette histoire la passion que les auteurs peuvent avoir pour leur création. Cette énergie positive est en soit un des éléments appréciables de l’histoire. Au delà de ça, BKV s’est surpassé en termes de technique narrative. Il arrive à faire coexister l’histoire des auteurs et l’histoire de leurs personnages avec maestria, introduisant des parallélismes subtils et allant même dans une scène d’anthologie à substituer les dialogues des uns à ceux des autres. Un pur moment de bonheur que seul la BD peut offrir. Les dessinateurs ne sont pas en reste. Philip Bond pour le premier épisode et Steve Rolston pour le reste prennent en charge la partie dédiée aux auteurs dans un style à la Vertigo (faute de trouver un meilleur terme). Ils font du très beau travail, comme d’habitude, aidés par une belle mise en couleur tour le long. Mais la plus grosse claque vient de Jason Shown Alexander qui dessine les aventures du superhéro, dans un style radicalement différent, très noir-moderne (un peu à la Jae Lee). J’avais déjà adoré ce qu’il avait fait sur le volume 4 de Queen & Country, mais je ne l’attendais pas aussi excellent sur ce genre de prestation. Je recommande donc vivement The escapists. Les amateurs de comics indé y trouveront leur compte tout autant que les fans de superhéros. En tout cas, il est clair que cette BD rassurera ceux qui craignaient que BKV ne délaisse le comics maintenant qu’il est l’un des scénaristes de la série TV Lost. Il aime trop le médium pour l’abandonner, ça me paraît évident.

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