B.P.R.D.: Vampire

Le pitch : Simon Anders décide d’affronter de façon frontale les vampires à l’origine de ses tourments.

L’avis : Vampire est la suite directe de B.P.R.D.: 1948. D’ailleurs, il se déroule également en 48. Mais s’il est intitulé Vampire, au singulier, plutôt que 1949, ce n’est pas tant pour une question de date que parce que l’histoire est totalement centrée sur Anders. Pour raconter cette histoire, Mignola retrouve ceux qui l’avaient commencée avec lui dans l’opus 1947, j’ai nommé les frères Bá et Moon. Leur implication est même plus importante puisqu’ils cosignent le scénario avec Mignola. Merveilleux, me direz-vous ! Oui, mais non. Si l’intrigue est bien accrocheuse au départ, elle manque vite d’un réel souffle. Surtout, ce qui est le plus décevant, c’est que le dessin de Gabriel Bá devient de plus en plus brut, voire brouillon par instant, bien loin de l’élégance et de la fluidité auxquelles il nous a habitué. Soyons clair, du « mauvais » Gabriel Bá reste du bon dessin, mais c’est une relative déception. Donc, au final, j’ai été assez peu convaincu par cet épisode. Il n’empêche que je serai de la partie pour la suite, quand elle viendra, histoire de voir quelle est la destinée du soldat Anders et quelle conséquence cette histoire aura pour Bruttenholm et son B.P.R.D.

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Casanova vol. 3: Avaritia

Le pitch : Sous l’égide de son père, Casanova navigue dans le continuum spatiotemporel pour détruire dimension après dimension. A l’occasion d’une de ses missions, il découvre la véritable identité de Xéno et change alors de stratégie pour sauver le monde.

L’avis : Le pitch, je vous l’ai fait simple et bien plus rationnel (si on veut) que le bouquin lui-même. Les deux premiers tomes de Casanova sont deux petits bijoux délirants qui vous entrainent dans une sorte de montagne russe cérébrale, parfois déroutante mais toujours jubilatoire. Avec ce troisième épisode, Fraction et Bá passent la vitesse supérieure au risque de faire dérailler le manège. Au début, ça va encore. Le rythme est frénétique au fil des changements de dimensions et on ne sait pas bien où l’histoire nous mène, mais soit, on se laisse entrainer. Le script est quelque part assez répétitif, mais il donne l’occasion à Gabriel Bá de livrer quelques pages énergiques et somptueuses. Dans le dernier tiers, j’avoue ne plus avoir compris grand chose. Au final, l’impression est donc contrastée entre un what-the-fuck dubitatif et le sentiment d’avoir faire l’expérience d’un épisode psychédélique à bouffées jubilatoires. On sent que les deux auteurs ont été jusqu’au bout de leur liberté artistique et, en tant que lecteur, j’ai envie de leur dire merci de m’avoir offert ce moment de lecture hors du commun. Cela dit, au final, j’ai pris beaucoup moins de plaisir qu’avec les deux premiers tomes, la faute à de trop nombreux moments de déconnexion, faute de comprendre ce qui se passait.

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Daytripper

L’histoire : Différents moments de la vie d’un homme, qui sont à la fois des moments clés déterminants pour son avenir et des occasions où la mort s’invite.

L’avis : Voilà un ouvrage que j’attendais avec beaucoup d’impatience, car j’adore le travail de Gabriel Bá, et encore plus quand il bosse main dans la main avec Fábio Moon, son frère. En plus, c’est la première fois qu’ils se lancent ensemble dans un travail de cette envergure. Il s’agit ici de raconter la vie d’un écrivain à dix périodes de sa vie, au travers de son amour pour sa famille et pour son art, le trait d’union entre les deux étant son père, romancier à succès, alors que lui vivote en écrivant la rubrique nécrologique d’un journal. En parlant de nécro, la mort a une place primordiale dans l’histoire, puisque chaque épisode se termine par celle du héros, comme pour souligner la fragilité de chacun des moment vécus juste avant.

Tout ça est écrit avec beaucoup de justesse et chaque épisode a au moins un beau moment, fort, délicat ou émouvant selon la tonalité générale. Côté dessin, c’est un pur bonheur. C’est d’une rare maîtrise dans tous les registres (sans oublier la mise en couleur de Dave Stewart), avec une mention particulière pour l’expressivité des personnages. C’est un peu bizarre de dire ça pour des brésiliens, mais le style est à mi-chemin entre le comics et la BD européenne. Je prédis d’ailleurs un beau succès de librairie à la VF qui ne devrait pas manquer de sortir bientôt.

Si vous cherchez d’autres critiques de Daytripper, vous en trouverez de nombreuses aussi élogieuses que la mienne, et même pas mal qui crient au chef d’oeuvre. Je n’irais pas jusque là pour deux raisons qui sont autant de bémols à mon enthousiasme. Primo, c’est bien écrit, mais on sent que les frangins n’écrivent pas dans leur langue naturelle. Pour la peine, une fois n’est pas coutume, je vous conseillerais presque d’attendre la VF, car j’ai trouvé que l’anglais ne sonnait pas toujours très juste. Secundo, parmi les dix épisodes, un m’a semblé détonner franchement du reste (celui où Brás part à la recherche de Jorge, pour ceux qui ont lu) et je n’ai pas bien vu comment sa conclusion s’articule à tout ce qu’on a pu lire avant du personnage de Jorge. C’est peut-être le seul véritable défaut du scénario, cela dit, et ça n’a en rien gâché le grand plaisir que m’a offert cette lecture.

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B.P.R.D. vol. 13: 1947

L’histoire : Après la découverte de prisonniers nazis ayant été vidés de leur sang, le B.P.R.D. envoie en France quatre nouvelles recrues, tous de simples soldats, pour enquêter sur le phénomène.

L’avis : Après l’excellent B.P.R.D.: 1946, que j’ai relu juste avant, j’ai abordé ce nouvel opus avec tous les espoirs du monde et je dois bien dire que l’entrée en matière m’a un peu refroidi. Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise, bien au contraire, mais j’ai été pris à contre-pied par le changement radical du style de dessin. Paul Azaceta avait tellement bien donné corps à ses personnages, en particulier Bruttenholm et la petite fille démon, que le style beaucoup plus relâché des frère Bá et Moon paraît totalement décalé en comparaison. Ce sont pourtant deux dessinateurs de grand talent, surtout Bá, un de mes chouchous du moment, et, passé la première impression, il faut bien reconnaître que leur prestation ici est remarquable. Les deux frangins alternent aux crayonnés, Bá s’occupant du réel et Moon du surnaturel, avec des transitions très fluides entre les deux. Le scénario n’est pas en reste. Le choix de faire des membres du B.P.R.D. de l’époque de simples soldats met l’accent sur l’horreur que représente la confrontation aux démons. J’ai également trouvé que les scènes montrant Hellboy enfant donnent un éclairage intéressant aux lecteurs fidèles comme moi. Au final, mon sentiment est que 1947 est un petit cran en dessous de 1946, mais que ça reste de la très bonne came. Très clairement, j’ai envie de continuer à égrener les années post-WW2 avec Mignola et Dysart.

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Noir

Cela faisait un moment que je ne m’étais pas mis une anthologie sous la dent, mais difficile de résister à ce recueil proposé par Dark Horse, non seulement parce qu’il s’agit de polar noir, un genre que j’apprécie particulièrement, mais surtout à cause de l’impressionnante brochette d’artistes impliqués dans l’affaire.

L’ouvrage commence d’ailleurs très fort avec un morceau de Stray Bullets par David Lapham. C’est intense comme aux grands jours de cette série mythique et on ne peut que se demander pourquoi elle est en hiatus depuis si longtemps. La conclusion est également réjouissante grâce au clin d’œil final de Brian Azzarello à DC Comics et au dessin toujours délicieux des frères Bá et Moon. Entre ces deux pièces, les contributions sont globalement satisfaisantes. Je ne taxerai pas le recueil d’inégal, car on ne peut pas dire qu’il y ait de vilains petits canards au milieu de l’ensemble, mais certaines perles brillent moins qu’elles ne devraient. Même le Criminal de Brubaker et Philips, pourtant dans un noir et blanc qui lui sied parfaitement, se termine trop vite. C’est d’ailleurs le reproche qu’on peut faire à beaucoup des histoires qui composent l’ouvrage : elles laissent un goût de trop peu en bouche. Restent quelques bonnes raisons d’acheter : les dessins splendides de Kano, la narration osée d’Alex de Campi, des découvertes intéressantes, comme les frères Fillbäch ou encore Hugo Petrus, et j’en passe.

Au final, je dirais qu’il ne s’agit probablement pas d’une lecture indispensable, mais je recommande sans hésiter aux fans du genre ce sombre mille-feuille imbibée de meurtre. Ils devraient y trouver leur compte.

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The Umbrella Academy vol. 2: Dallas

L’histoire : Après l’apocalypse que l’un des leurs a failli déclencher, les membres de l’Umbrella Academy sont réunis, mais pas très en forme. White Violin est dans un état catatonique, The Rumor a perdu sa voix et Space Boy déprime en s’empiffrant. Plus problématique, Number Five est rattrapé par son passé trouble,… à moins qu’il ne s’agisse de son futur. En tout cas, la clé du mystère se trouve en 1963 à Dallas, le jour d’un assassinat rentré dans l’histoire.

L’avis : Après un coup d’essai remarquablement réussi, Gerard Way et Gabriel Bá remettent le couvert. On retrouve les qualités principales du premier tome : un scénario bien barré, pleins de bonnes idées et une galerie de personnages originaux et bien développés. La narration est cependant plus complexe, à tel point qu’on s’y perdrait presque par moment. C’est tout le problème des voyages temporels et de leurs inévitables paradoxes. Cependant, les auteurs retombent plutôt bien sur leurs pieds au final. Côté dessin, Gabriel Bá met une énergie remarquable dans ses planches. Certaines sont superbes, mais j’ai aussi eu le sentiment que d’autres avaient été bouclées un peu vite. Pour conclure, je dirai que ce second tome est un petit cran en dessous du précédent, mais que ça reste une bonne dose de plaisir à se mettre sous la dent en cette période de Noël.

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The Umbrella Academy: Apocalypse Suite

L’histoire : Un jour, 47 enfants aux pouvoirs extra-ordinaires naissent spontanément de femmes qui jusqu’ici n’étaient pas enceintes. Reginald Hargreeves, célèbre inventeur millionnaire, adopte sept de ces enfants et, les dirigeant d’une main de fer, en fait une équipe de héros, l’Umbrella Academy.

L’avis : Gerard Way est le leader du groupe de rock My Chemical Romance. C’est également un passionné de comics. Il fait ses premiers pas ici en tant que scénariste. On aurait pu craindre qu’il ne s’agisse que d’un caprice de star, mais ce n’est pas du tout la cas, car le coup d’essai s’avère être une vraie réussite. Il revisite le concept du superhéro avec une bonne touche psychédélique. C’est bourré d’idées aussi originales que bizarres. Pour vous donner un aperçu du genre de délire, ça commence avec une bataille des petits gars de l’Umbrella Academy, encore enfants, contre une tour Eiffel devenue folle, car commandée par un zombie-robot animé par l’esprit de Gustave Eiffel. A ce côté un peu branque, Gerard Way ajoute beaucoup d’humanité, dans la mesure où l’Umbrella Academy est avant tout une famille, avec des liens affectifs, des tensions et des rancœurs. Ce sont d’ailleurs ces liens qui fournissent les ressorts principaux de l’histoire. Gerard Way fait également preuve d’un très bonne maitrise du rythme et de réelles qualités de dialoguistes. Il a réalisé lui même les esquisses préparatoires des personnages, présentées en bonus au TPB. Ce mec a tous les talents, c’est limite écœurant. Comme si ça ne suffisait pas, il sait bien s’entourer. Outre de très belles couvertures de James Jean, la série a bénéficié du dessin de Gabriel Bá. Tout comme sur Casanova, il fait un travail brillant, d’ailleurs très bien mis en couleur par l’excellent Dave Stewart. Bref, que du beau monde et un résultat final assez remarquable. On croise bien fort les doigts pour qu’il y ait une suite à cette suite.

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Casanova vol. 1: Luxuria

L’histoire : Casanova Quinn est un voleur très doué dans son genre, ce qui exaspère son père, Cornélius, à la tête d’E.M.P.I.R.E., une agence d’espionnage. Tout ça est vrai jusqu’au jour où Newman Xeno, chef du W.A.S.T.E. et ennemi juré de Cornelius, arrache Casanova à son continuum temporel et le substitue au Casanova d’un autre espace-temps où, cette fois, Casanova travaille main dans la main avec son père. Voilà donc notre personnage qui se retrouve agent double, effectuant simultanément des missions pour E.M.P.I.R.E. et des contre-missions pour W.A.S.T.E. Ajoutez au mix la sœur de Casanova, elle aussi travaillant pour Xeno, Sabine Seychelle, créateur de robot-esclaves plus vrais que nature, Ruby, elle-même une création de Seychelle qui s’est affranchie au sein de deux corps différents (son corps ultra-sexy d’origine et une sorte de tête flottante ayant appartenu à un ancien truand), ou encore une ancienne tribu primitive ayant fait un bond gigantesque dans l’échelle de l’évolution et vous aurez une idée du joyeux bordel que représente le monde de Casanova.

L’avis : Casanova est un peu à la SF ce que Nextwave est à l’univers des super-héros : une série décalée, drôle, originale et bourrée d’une énergie positive qui met de bonne humeur. Il se passe beaucoup de choses et ça va assez vite, ce qui rend l’histoire un peu chaotique par moment, mais ça fait partie du charme de la série. C’est avant tout un bouillonnement de créativité et il fait bon se laisser emporter par le flot des évènements. Gabriel Bá illustre tout ça avec une décontraction impressionnante. On a l’impression qu’il ne force jamais ses énormes qualités techniques. C’est à la fois simple et riche. J’adore cette impression de facilité qui se dégage de son travail. L’encrage en deux couleurs, noir et vert amande, fonctionne très bien également. Ce premier tome se termine à un moment où Casanova Quinn a réussit à fédérer une belle galerie de personnages autour de lui. Ca promet de nouvelles aventures palpitantes. Vivement la suite !

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