Crossed vol. 1

L’histoire : Une épidémie d’origine inconnue transforme tous ceux qu’elle touche en pervers sadiques ultra-violents. Ceux qui y échappent tentent de survivre.

L’avis : Difficile de ne pas comparer Crossed et The Walking Dead, que j’ai déjà largement chroniqué. La comparaison s’impose à l’évidence, car, dans les deux cas, il s’agit d’explorer comment des individus normaux confrontés à l’horreur suprême s’organisent et s’adaptent pour survivre. Alors, puisque la comparaison s’impose, je vous propose une petite critique sous forme de duel, point par point.

Horreur : Toute la promo de Crossed était centrée sur le fait que la série allait dépasser toutes les limites de l’horreur en mettant en scène, non pas de simples zombies décérébrés, mais des individus dont les pires instincts sont poussés à l’extrême et qui tirent leur plaisir de la souffrance d’autrui. On nous promettait donc de multiples scènes de viols, tortures, démembrements et j’en passe. La promesse est tenue, sans aucun doute, et ceux qui n’ont pas le cœur bien accroché ont tout intérêt à passer leur chemin. Cela dit, tout cela relève finalement d’une horreur très graphique et peu psychologique, à deux ou trois exceptions près dans le récit (en particulier les scènes avec les enfants). The Walking Dead n’est pas dénué d’effets gores, ça va sans dire, mais paraît plus soft visuellement en comparaison. En revanche, la série joue beaucoup plus sur l’imminence de ce qui va frapper les personnages, et, en cela, l’épouvante est plus forte. Avantage donc à The Walking Dead.

Développement des personnages : D’un côté, une mini-série en dix épisodes, de l’autre, une série régulière qui court depuis plusieurs années. Sans surprise, c’est bien la seconde qui réussit le mieux à développer une galerie de personnages ayant suffisamment de corps pour qu’on s’y attache. Garth Ennis semble lui se concentrer sur les deux protagonistes principaux, réduisant peu ou prou le reste du casting à quelques personnages prototypiques. Certains auraient très clairement mérité d’être creusés. Ce n’est pas une critique majeure, dans le sens où le récit fonctionne bien tel quel, mais j’ai tout de même eu le sentiment d’un certains détachement lorsque ces personnages mourraient, faute d’avoir eu suffisamment d’éléments pour tisser des liens avec eux. Avantage très net à The Walking Dead, donc.

Narration et écriture : Plus linéaire que The Walking Dead, c’est difficile. Crossed, au contraire, propose une narration à plusieurs temps. Certaines scènes se déroulent juste après le début de l’épidémie, d’autres bien plus tard. De plus, la voix-off propose un regard plus distancié sur les évènements. Même si j’ai eu un peu de mal avec certaines transitions entre époques, j’ai trouvé que la mise en parallèle du récit permettait de mieux comprendre les personnages principaux. A côté de ça, j’ai été très surpris par le rythme imposé par Garth Ennis. Je m’attendais à un récit très tendu où les scènes de gores s’enchaineraient, mais c’est très loin d’être le cas. Il y a beaucoup de scènes très calmes qui offrent de belles variations de rythmes. Bien-sûr, c’est dans ces scènes que les dialogues et la voix-off sont rois et Garth Ennis y marquent bien plus de points que le bavard Robert Kirkman. L’écriture d’Ennis est nettement plus fine et maîtrisée, c’est évident. Crossed gagne ici le duel.

Illustrations : Garth Ennis retrouve Jacen Burrow, avec qui il avait déjà travaillé sur l’excellent Chronicles of Wormwood. A mon avis, Jacen Burrow est l’artiste le plus complet de l’écurie Avatar et, en cela, c’est le dessinateur parfait pour Crossed. Ses scènes de gores sont hardcore à souhait et, en même temps, ses personnages expriment avec finesse toute une palette de sentiments. Très bon travail, encore une fois. Malheureusement pour lui, au petit jeu de la comparaison, il ne peut que perdre face au talentueux Charlie Adlard dont les qualités techniques, en particulier à l’encrage, sont très nettement supérieures.

And the winner is… The Walking Dead, sans hésitation, et ce même si Garth Ennis est bien meilleur scénariste que Kirkman dans l’absolu. En tout cas, ce n’est pas une défaite par KO pour Crossed et j’encourage les fans du genre à ne pas bouder cette mini-série. De mon côté, je suis même prêt à signer pour les volumes suivants, même s’il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler et que les auteurs changent. David Lapham motivé par l’envie de surpasser Garth Ennis, ça peut le faire.

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