DMZ vol. 12: The Five Nations of New York

Le pitch : Tandis que Manhattan se reconstruit et se réorganise, Matty termine son rôle de témoin avant d’affronter les conséquences de ses actes.

L’avis : Voici donc le dernier des douze tomes qui regroupent les 72 épisodes de DMZ. A notre époque, une série sans bonhomme à collant de cette longévité devient rare. Rien que pour ça, Brian Wood mérite qu’on lui tire son chapeau. Une autre source de satisfaction, c’est qu’il fournit une fin bien exécutée, avec un rythme adapté, plus apaisé, et un épilogue réussi. Pour ce chapitre final, Riccardo Burchielli se charge de l’ensemble des illustrations, ce qui confirme son implication et son empreinte sur la série. Même si les nombreux dessinateurs invités n’ont jamais vraiment démérité, DMZ, c’est Burchielli avant tout. Donc, globalement, j’ai trouvé que cette conclusion ne décevait pas, malgré les doutes que je vais exprimer plus bas. Elle est à l’image d’une série qui se sera maintenue à un niveau de qualité quasi-constant. Je me suis amusé à regarder les notes que j’ai attribué à l’ensemble des tomes que j’ai chroniqués, c’est-à-dire tous depuis le vol. 3. Résultat : un A-, tout le reste en B+. Si j’avais chroniqué les deux premiers, il est probable que le vol. 1 aurait reçu un A, tellement j’avais été emballé par l’entame de l’histoire. En tout cas, cette notation reflète bien mon impression globale. DMZ aura été une série intéressante de bout en bout, globalement très bien écrite, mais avec toujours quelques bémols pour modérer mon enthousiasme. Ce que je lui reproche le plus au fond, c’est quelques ressorts scénaristiques trop appuyés et parfois à la limite de la crédibilité. Je m’explique dans le paragraphe suivant. Attention, je vais y dévoiler nombres d’évènements cruciaux dans la série, y compris ceux du dernier tome. Donc, si vous ne voulez pas que je vous gâche le plaisir de la lecture, passez directement à la conclusion.

En ce qui concerne les cinq ou six premiers tomes de la série, les bémols à mon enthousiasme était de l’ordre du détail. Outre quelques baisses de régime du dessin dues au rythme de la parution mensuelle, je trouvais parfois que certaines scènes manquaient de nuances, mais rien de vraiment dérangeant. Brian Wood nous racontait essentiellement l’histoire d’un journaliste de terrain qui cherchait à retranscrire le plus justement possible et avec le plus d’indépendance possible la vie en zone de guerre et l’influence de la politique sur tout ça. L’atmosphère de Manhattan en guerre et toutes une galerie de protagonistes se mettaient en place au passage. L’entrée en jeu de Parco Delgado dans le vol. 6 change la donne. Matty, fasciné par le charisme et les idées de l’homme, commence à abandonner la neutralité qu’il essayait de préserver jusqu’ici. Ce sixième tome, peut-être le meilleur de la série après le premier, introduit une véritable rupture à partir de laquelle j’ai eu un peu de mal avec une série d’évènements. Tout d’abord, il y a eu cette absence de progressivité dans la transition entre Matty le journaliste et Matty le caïd, armé, fidèle à Parco au point de mouiller dans le trafic d’arme nucléaire. Même si Brain Wood arrive à donner une logique à cette transition, j’ai eu un peu de mal à l’intégrer dès la fin du vol. 7. Je pense que ça serait passé sans cet épisode du vol. 8 où Matty, furieux, battu et à moitié stone ordonne à ses troupes de tirer sur un groupe dont il n’est même pas certain de l’identité. A mon avis, cet épisode était inutile. S’il s’agissait de plonger Matty dans la culpabilité la plus profonde pour qu’il en ressorte transformé, Brian Wood aurait pu jouer autour de sa complicité dans l’affaire de la bombe. Même si l’explosion est déclenchée par l’armée US pour légitimer leur intervention armée, il y avait largement de quoi provoquer une remise en question de Matty. En tout cas, j’ai trouvé que la psychologie du personnage a beaucoup souffert, en termes de crédibilité, de cet élément du scénario. Plus tard, dans le vol. 11, c’est la façon dont Matty négocie le sauvetage de Parco qui m’a un peu gêné. La façon dont, à lui seul, il tord le bras au président des États-Unis est limite crédible. Idem dans ce dernier tome pour les quinze jours de délai qu’il arrive à obtenir pour écrire son bouquin avant de se laisser inculper pour crime contre l’humanité. C’est un peu fort de café. Selon quelle logique ceux qui veulent le faire payer lui accorderait cette possibilité, sachant que le bouquin en question ne fera qu’augmenter son statut de martyr ? Et d’ailleurs, il aurait semblé plus rationnel que le vainqueur de la guerre fasse tout pour apaiser les tensions plutôt que de faire passer un journaliste, même activiste, en cour martiale et de l’enfermer à vie (tout en ayant la magnanimité de ne pas l’exécuter). L’impact du sacrifice expiatoire de Matty n’a pas été aussi fort que ce qu’il aurait pu être pour moi à cause de cette nouvelle aspérité dans un scénario par ailleurs bien construit.

Bref, tout ça fait beaucoup d’incohérences dans un scénario, même de 72 épisodes. Pourtant, je dis plutôt du bien de la série, ce qui peut ne pas sembler très cohérent non plus. C’est simplement parce que, dans l’ensemble, j’ai aimé le concept de cette série mixant guerre, journalisme, politique et humanité, avec ses personnages et ses moments forts. J’ai aussi beaucoup aimé la qualité d’écriture de Brian Wood, qui reste pour moi un auteur de talent, malgré les choix discutables dont j’ai parlé. DMZ ne me laissera certainement pas un souvenir à la hauteur de Scalped, Transmetropolitan, ou même Preacher, mais je la classe volontiers dans la catégorie des succès de Vertigo, à recommander.

Pour voir : Pas de preview pour ce tome en particulier, mais je vous renvoie aux tomes précédents
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