Grendel: God and the Devil

L’histoire : Au 26ème siècle, le monde est dominé par les méga-corporations industrielles et le clergé catholique. Le Pape Innocent XLII, aussi corrompu qu’omniprésent sur le plan médiatique, entretient l’influence et la richesse de l’église. Il semble également développer un projet secret dans les sous-sols de la grande cathédrale de Vatican II. Deux hommes vont s’opposer à lui. D’un côté, Orion Assante, aristocrate richissime, obtient le droit de mener une enquête sur l’origine et l’utilisation des fonds de l’Eglise. De l’autre, Eppy Thatcher, employé de bureau psychotique et toxicomane, enfile le manteau de Grendel pour commettre des actes de terrorismes durant les interventions télévisées du Pape.

L’avis : En tant que fan inconditionnel de Grendel, j’étais très heureux de voir rééditée God and the Devil, une des rares histoires que je n’avais pas encore lues. Je m’y suis donc plongé sans retenue et je dois bien dire que j’ai retrouvé dans la première moitié de l’ouvrage tout ce qui fait pour moi l’attrait de Grendel, en particulier l’ambigüité morale des personnages et la richesse de l’écriture de Matt Wagner. Le première épisode de l’ouvrage est assez déconnecté du reste dans la mesure où il met en scène des personnages différents, mais il forme un excellent prologue. Les relations entre l’Église, l’argent et le pouvoir y sont introduites au travers de la lutte d’influence entre deux candidats à la succession du Pape, récemment décédé. Tim Sale y fait un travail remarquable au dessin. Les dix épisodes qui suivent sont d’une rare densité. Autant dire que ce n’est pas de la lecture pour fainéant. La mise en place du scénario est passionnante, chacun des trois personnages principaux, bientôt rejoint par Pellon Croos, chef de la police, avançant ses pions sur l’échiquier de l’histoire. Matt Wagner fait un portrait de la religion au vitriol. Certains trouveront ça caricatural, mais j’ai trouvé que ça entretenait une atmosphère aussi malsaine qu’efficace. La dichotomie entre l’attaque du Pape par Orian Assante, effectuée sur le plan politique, et la folie d’Eppy Thatcher est également très bien exécutée. L’esprit de Grendel, c’est à la fois la raison et le chaos. Puis, en avançant dans l’histoire, j’ai trouvé que le rythme commençait à s’essouffler et je me suis trouvé à attendre la confrontation finale. Celle-ci a bien lieu, cette fois sur un tempo frénétique. Malheureusement, je l’ai trouvé assez peu crédible, et au final décevante. Son principale mérite, c’est de précipiter l’évolution d’Orion Assante vers ce qu’il va devenir, un dictateur qui comblera par une philosophie martiale le vide laissé par la chute de la religion. Côté dessin, là aussi, l’impression est en demi-teinte. Le prestation de Snyder et Geldhof a vraiment beaucoup de caractère. Elle a cependant un peu vieillie (ah, les années 80 !), malgré la très belle recolorisation de Jeromy Cox. Et puis surtout, le caractère dont je parle tient en partie à un certains nombres d’expérimentations un peu osées au niveau de la mise en page, notamment en ce qui concerne le positionnement du texte. J’ai dû à plusieurs reprises relire certaines planches avant de lire les choses dans le bon ordre. En même temps, lorsque ces planches mettaient en scène Eppy Thatcher, la manque de lisibilité collaient bien à la folie chaotique du personnage. Bref, God and the Devil n’est pas pour moi le meilleur chapitre de la saga Grendel, loin s’en faut, mais cela reste une lecture fort intéressante, de par son originalité et sa densité. La suite de la réédition, Devil’s Reign, est annoncée en janvier.

Pour voir : quelques pages du prélude dessiné par Tim Sale et une critique illustrée de l’histoire principale
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