Lectures d’été et tags littéraires

Ceux qui passent fréquemment par ici auront remarqué que Comics from Mars s’est mis au vert ces derniers temps. Normal, puisque durant cette période j’ai troqué mon clavier contre un porte-bébé, histoire de faire bosser le dos et les jambes plutôt que les doigts et les neurones. Cela dit, vacances ne veut pas dire absence de lecture. Comme souvent pendant cette période de l’année, j’en profite pour m’adonner à autre chose que ma passion mono-maniaque pour le comics. D’habitude, je m’engloutis quelques romans. Cette fois, je me suis décidé à lire plusieurs BD « francophones » que j’avais achetées durant l’année sans jamais trouver le temps de les lire. Je vais vous en toucher quelques mots. Et puis, j’ai eu la surprise de m’être fait tagué pendant les vacances par l’ami Matt du Journal de Matt Murdock. Le tag en question est un questionnaire littéraire qu’il a appliqué à la BD. Je me dois donc d’y répondre aussi maintenant, ce que je vais faire avec plaisir.

Mes lectures d’été ont démarré avec Corpus Hermeticum – Le souffle du Wendigo, un récit complet proposé par Soleil dans la collection Terres Secrètes. Autant dire tout de suite que j’ai acheté cette BD pour la contribution de Charlie Adlard au dessin, comme quoi je suis un indécrottable du comics. A ce niveau, aucune déception, bien au contraire. Adlard a remarquablement bien négocié la transposition de son style aux exigences de la BD franco-belge. En ce qui concerne le scénario, je suis moins enthousiaste. L’idée de départ – l’intégration du mythe du Wendigo dans les tranchées françaises de la première guerre mondiale – est prometteuse et plutôt bien exploitée dans la première moitié de l’histoire. Malheureusement, aucun des personnages n’a de réelle épaisseur, pas même les principaux. Je me suis contenté de les voir mourir les uns après les autres sans aucune forme d’émotion. Bref, une BD vite lue, vite oubliée, mais que j’ai tout de même appréciée pour le dessin.
La note : B-
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Opérons un virage à 90° avec Trois ombres de Cyril Pedrosa, publié chez Delcourt. Il s’agit de l’histoire d’un père qui refuse la mort annoncée de son fils et qui se lance dans une fuite en avant en forme d’aventure épique. Pedrosa mélange douleur et légèreté, poésie et éléments déchainés, simplicité et virtuosité au travers de ce récit à plusieurs niveaux. Le dessin est sublime, précis sans être trop travaillé, original tout en étant immédiatement accessible. Je me suis tout simplement pris une grosse claque. Voilà une BD qui mérite amplement son prix à Angoulême. Achetez la les yeux fermés.
Note : A+
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Nouvelle transition vers quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qui précède : Les Aventures de l’Univers de Lewis Trondheim. Je me le suis fait offrir à Noël par quelqu’un à qui j’avais dit que j’avais envie d’avoir du Lapinot dans ma bibliothèque, mais, en fait, c’est le premier tome des formidables aventures sans Lapinot. Et puis, à y regarder de plus près, ça n’a en fait rien à voir. Il s’agit d’un recueil d’histoires courtes, le plus souvent d’une page, publiées à la base dans Les Inrocks. Certaines relèvent de l’autobiographie, d’autres sont tournées vers l’actualité. On retrouve toute l’intelligence de Trondheim, avec le côté inégal propre aux auteurs prolifiques. Le tout manque d’homogénéité, mais il y a suffisamment de perles pour que ça fasse un bon album.
Note : B+
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On enchaine avec Chroniques Birmanes de Guy Delisle, récit autobiographique d’un dessinateur qui se retrouve à passer un an en Birmanie en suivant sa femme, membre de Médecin Sans Frontière. L’ouvrage dénonce tous les travers politiques et sociaux propres à la dictature militaire qui règne dans le pays, mais jamais de façon frontale. Tout se fait au travers de la vie quotidienne du dessinateur expatrié, vie d’ailleurs plutôt confortable et dirigé par des préoccupations qui n’ont pas grand-chose d’humanitaire. J’ai trouvé l’exercice très réussi dans le fond, pour l’équilibre atteint entre chronique personnelle et propos politique, comme dans la forme, pour la justesse des illustrations. J’ai aussi été particulièrement sensible aux passages relatifs à la paternité. Autant dire, par exemple, que les cases ci-dessous ont parlé au jeune papa que je suis et qui a joué au tétris dans le coffre de sa bagnole pour faire rentrer toutes les affaires de la famille.

Note : A-
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Pour terminer, je reboucle sur un comics, et pas n’importe lequel. Il s’agit de la série qui a donné lieu à mon premier article sur ce blog il y a maintenant un peu plus de deux ans et demi. C’est aussi le seul et unique comics que je lis en VF, la faute aux éditions Paquet qui, malgré une augmentation de prix en cours de route, continuent de les livrer à un rapport qualité-prix imbattable. Il s’agit bien sûr d’Usagi Yojimbo. J’en suis au tome 16, la traduction du Shrouded Moon américain. Il ne s’agit clairement pas du meilleur opus de la série, car rien de bien surprenant ne ponctue le scénario, mais j’ai tout de même retrouvé avec plaisir notre lapin samouraï. D’ailleurs, je viens de commander le tome 17, qui est déjà sorti. Je vois que le 18 est prévu pour la fin du mois. A ce rythme là, Paquet va bientôt avoir rejoint l’édition US.
Note du tome 16 : B
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Et maintenant, les réponses au tag de Matt :

Plutôt corne ou marque-page ?
Marque page, bien entendu. On ne corne pas les pages d’une BD. J’ai toujours utilisé ce qui me tombait sous la main pour garder souvenir de mon point d’arrêt, et rarement un marque-page à proprement parler. Mais depuis quelques temps, The Book Depository, mon fournisseur principal de comics, m’abreuve de bouts de cartons plutôt bien illustrés et, ma foi, ce n’est pas désagréable d’avoir un chouette marque-page.

As-tu déjà offert un livre une BD en cadeau ?
Souvent. C’est même un vrai plaisir que de déterminer le bon comics pour la bonne personne et de faire des convertis. Le dernier cadeau en date : un exemplaire du tome 1 de Y The Last Man. Difficile de se tromper avec ça.

Lis-tu dans ton bain ?
Non, pour des raisons évidentes de préservation de mes BD. Cela dit, même un roman de poche, ça ne passe pas. Dans un bain, j’ai du mal à faire autre chose que buller.

As-tu déjà pensé à écrire un livre une BD ?
Je me suis toujours dit que ça me ferait kiffer, mais je n’ai jamais rien fait pour. Franchement, vu le niveau moyen des scénaristes de BD en France, j’ai l’impression que je pourrais ne pas être ridicule. Mais bon, je me fais peut-être des illusions. ;-)

Que penses-tu des séries en plusieurs tomes ?
Difficile d’être contre quand on est fan de comics, non ?

As-tu un livre un comics Culte ?
Culte, c’est beaucoup dire, mais si je devais citer quelques claques qui furent si fortes à l’époque que je m’en rappelle encore avec émotions, je dirais les Grendel de Matt Wagner (plus certains Grendel Tales), Transmetropolitan et, pour ne pas être original, Watchmen.

Aimes-tu relire ?
Oui. En fait, dès qu’un tome d’une série sort, je relis systématiquement celui qui précède. Ce n’est pas seulement pour me rafraichir les idées, mais aussi parce que je prends généralement plus de temps à faire attention aux détails ou à me laisser porter par les ambiances lorsque je connais déjà l’histoire. En revanche, je relis rarement les BD plus anciennes ou les graphic novels sans suite. Ce n’est pas par manque d’envie, mais par manque de temps. J’en achète trop ! J’ai constamment 10 à 20 TPB ou OGN de retard qui me narguent sur ma table de nuit.

Rencontrer ou pas les auteurs des livres des comics que l’on a aimés ?
Ca m’est arrivé. J’aime bien à l’occasion, mais je n’en suis pas plus friand que ça. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pu aller à la séance de dédicace de Local par Brian Wood qui avait lieu à Brooklyn justement lorsque je m’y trouvais. Brian Wood est vraiment un New Yorkais pur jus. Allez lui serrer la paluche sur place, ça m’aurait fait marrer.

Aimes-tu parler de tes lectures ?
Bien-sûr. Je ne fais pas qu’écrire, j’ai une langue aussi.

Comment choisis-tu tes livres tes comics ?
Quelques auteurs arrivent à me faire acheter leurs œuvres en aveugle. Il m’arrive aussi d’avoir des coups de cœur pour un dessin ou une bonne idée de départ, mais c’est finalement très rare. L’info glanée sur Internet, dans ce domaine comme dans d’autre, reste le facteur d’achat principal. Je matte les previews, je lis ce que les sites spécialisés et les blogs de lecteurs racontent. Si je sens qu’un truc a de bonnes chances de me plaire, j’achète.

Une lecture inavouable ?
J’ai beau chercher, non. En revanche, je me suis retrouvé à deux reprises à devoir expliquer pourquoi il y a une croix gammée sur la tranche d’un des ouvrages de ma bibliothèque. La faute à Art Spiegelman.

Des endroits préférés pour lire ?
Les endroits habituels : le tram pour aller au taf et parfois pour revenir (c’est moins calme le soir), ainsi que mon plumard quand je me couche à des heures raisonnables. Après, ça peut être n’importe où tant que c’est calme. Je déteste lire dans le bruit.

Lire et manger ?
Très rarement.

Livres Comics empruntés ou livres comics achetés ?
J’achète exclusivement. Où pourrais-je donc emprunter de la VO ? De toute façon, ce qui me manque, c’est moins l’argent pour acheter que le temps pour lire et l’espace pour stocker.

As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre d’un comics ?
Non. Même si c’est nul, je vais au bout.

Tu tagues qui ?
Onirique Comics
Le Royaume des Avis

Pourquoi ?
Ce sont deux blogs que je consulte régulièrement, non pas parce que les deux bonshommes qui s’en occupent ont toujours les mêmes goûts que moi, mais parce que ce sont deux vrais passionnés qui ont, chacun dans son genre, un bon éventail d’intérêts.

2 réflexions au sujet de « Lectures d’été et tags littéraires »

  1. Bonsoir et merci Franck,
    j’avoue que je ne savais pas ce que voulais dire « tagué » (j’ai eu un moment d’émotion).

    Moi-aussi j’aime beaucoup Yusagi !
    Un pur moment de détente et en plus, je connais certaines des références qu’emploie Stan Sakai (comme le porcinet aveugle).

    Continue et frappe fort !

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